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Abdellah Boussouf : Sebta, la mort d'Abderrahim Fakir et l'urgence d'une politique migratoire marocaine


Le Jeudi 13 Août modifié le Mardi 30 Novembre


              

Invité de l'émission « Jalsat Amal » du site Hespress, l'historien et chercheur en migration Abdellah Boussouf est longuement revenu sur l'actualité qui secoue la communauté marocaine d'Italie et d'Espagne. Le fil conducteur de cet entretien reste la mort d'Abderrahim Fakir, ce Marocain de 42 ans installé depuis plus de trente ans en Italie, décédé le 19 juillet 2026 à Bologne lors d'une interpellation policière dans le quartier de Pilastro. Les images de son immobilisation prolongée par deux agents, largement diffusées sur les réseaux sociaux, ont provoqué des manifestations dans la ville et ravivé le débat sur les violences policières et le racisme envers les personnes d'origine nord-africaine. Le parquet de Bologne a ouvert une enquête visant les deux policiers et quatre secouristes présents sur les lieux ; une autopsie a été ordonnée et les images des caméras-piétons des agents doivent être examinées.



Pour Abdellah Boussouf, ce drame ne doit pas être traité comme un fait isolé. Il rappelle que la Méditerranée reste une route meurtrière — au moins 4 000 personnes y périssent chaque année depuis 2015, selon lui — et que des drames comparables touchent des migrants ailleurs en Europe, de Lampedusa aux Canaries. Il appelle responsables politiques, artistes, religieux et société civile européens à résister à la montée de l'extrême droite et aux discours xénophobes, rappelant la contribution historique des tabors marocains, engagés aux côtés des Alliés, à la libération de Rome en 1944, malgré les discriminations dont ils ont ensuite fait l'objet.


Originaire de la région du Rif, près de Nador, Abdellah Boussouf a poursuivi ses études secondaires à Nador puis universitaires à Oujda, avant de s'installer plus de vingt ans en France. Chercheur spécialisé dans l'histoire de Sebta au XIIIe siècle, il s'est engagé dans la défense des droits de la communauté marocaine et musulmane de France, contribuant notamment à la construction de la grande mosquée de Strasbourg, avant de rentrer s'installer au Maroc — un choix qu'il présente comme l'aboutissement d'un attachement viscéral à son pays d'origine, au point d'avoir renoncé, selon ses propres mots, à demander la nationalité française pour lui et ses enfants nés en France.



Sur la crise de Sebta, marquée fin juillet 2026 par l'entrée irrégulière d'environ 60 000 personnes dans l'enclave espagnole en l'espace de deux jours — un afflux inédit dans l'histoire du territoire, selon les autorités espagnoles —, Boussouf plaide pour resituer l'événement dans un contexte plus large : crises migratoires comparables à Lampedusa, aux Canaries ou dans la Manche, déclin économique de Sebta après la fin de la contrebande transfrontalière, marginalisation sociale de sa population musulmane, tensions politiques internes en Espagne entre la majorité de Pedro Sánchez et une droite en quête d'un angle d'attaque sur l'immigration. Il dénonce par ailleurs des décisions espagnoles qu'il juge attentatoires à la souveraineté marocaine, comme l'octroi de la nationalité espagnole à des Sahraouis ou la proposition d'intégrer Sebta et Melilla au périmètre de l'OTAN, tout en réaffirmant que Sebta demeure, historiquement et culturellement, une ville marocaine dont le retour dans son giron ne pourra se faire, insiste-t-il, que par la voie diplomatique et pacifique.


L'historien plaide également pour une réforme profonde de la politique migratoire marocaine. Il rappelle que le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), dont il est secrétaire général depuis 2007, fonctionne toujours sans loi organique conforme à la Constitution de 2011, et appelle à l'accélération de la création de la Fondation Mohammed VI pour les Marocains du monde, annoncée par le roi Mohammed VI, afin d'unifier des politiques publiques aujourd'hui dispersées entre plusieurs départements et budgets. Il cite l'exemple d'une offre de recrutement de chercheurs marocains de l'étranger, assortie selon lui d'une indemnité de déplacement dérisoire, comme symptôme du manque d'incitations concrètes pour attirer les compétences de la diaspora, alors qu'il affirme que 45 000 Marocains qualifiés — médecins, ingénieurs, enseignants — émigrent chaque année.


Boussouf s'attarde enfin sur la bataille de l'image du Maroc à l'international, entre désinformation et campagnes de dénigrement, citant notamment des vidéastes marocains installés à l'étranger qui, selon lui, font du chantage et de la diffamation envers des institutions et personnalités nationales un véritable fonds de commerce. Il appelle à une mobilisation de la diaspora et des médias marocains pour construire un récit positif du pays, à travers la diplomatie culturelle, culinaire et sportive, à l'approche notamment de la Coupe du monde 2030.




Source : https://lemag.articlophile.net/blog/i/97677237/bou...