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Cruz, le Polisario et les « Houthis d’Afrique de l’Ouest » : un tournant à Washington


Le Jeudi 5 Février modifié le Mardi 30 Novembre



La charge est frontale et marque une rupture de ton à Washington. Lors d’une audition récente au Sénat américain consacrée à la lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord et au Sahel, le sénateur républicain Ted Cruz a placé le Front Polisario au cœur du débat sécuritaire régional, l’accusant de coopérer avec des réseaux djihadistes et de se transformer en proxy au service de puissances hostiles. Dans un échange tendu avec des responsables du Département d’État, il a dénoncé le « refus » de l’administration américaine de nommer explicitement le Polisario lorsqu’elle évoque « l’activité terroriste au Sahel », laissant entendre que ce silence relève davantage d’un calcul politique que d’un manque d’informations.  


Pour Cruz, le dossier sahélien ne peut plus être traité sans prendre en compte ce qu’il présente comme le rôle central du Polisario dans la circulation d’armes, de munitions et de drones dans la région. Il affirme que le mouvement sahraoui « travaille avec des groupes terroristes liés à l’Iran », qu’il reçoit des capacités militaires, notamment des drones, et qu’il contribue à alimenter les groupes jihadistes opérant dans le Sahel. À ses yeux, ces éléments rapprochent le Polisario d’une configuration déjà connue au Moyen-Orient : celle des Houthis au Yémen, utilisés comme levier régional contre les alliés de Washington. D’où cette formule choc qu’il développe en substance : faire du Polisario les « Houthis d’Afrique de l’Ouest », c’est introduire un nouveau foyer de déstabilisation durable aux portes de l’Atlantique et du Maghreb.  

Cette mise en accusation ne survient pas dans le vide. Au Congrès, plusieurs élus poussent depuis des mois pour un durcissement de la ligne américaine vis‑à‑vis du Polisario, en mettant en avant ses liens présumés avec l’Iran et le Hezbollah et le risque de voir émerger un corridor de menaces allant du Levant au Sahel. Un projet de loi, le « Polisario Front Terrorist Designation Act », demande déjà à l’administration d’examiner si le mouvement remplit les critères d’une organisation terroriste étrangère au regard de la législation américaine, en documentant précisément ses connexions opérationnelles, financières et logistiques avec les réseaux iraniens. Ce texte, encore au stade parlementaire, n’a pas force de loi, mais il installe l’idée qu’un basculement juridique est désormais sur la table.  

L’intervention de Ted Cruz apparaît ainsi comme un catalyseur politique : en reprenant publiquement les accusations de soutien logistique aux djihadistes du Sahel et de collaboration avec l’appareil de sécurité iranien, il cherche à placer l’exécutif devant ses contradictions et à accélérer le débat sur la désignation du Polisario comme groupe terroriste. Pour les partisans de cette ligne, continuer à parler du terrorisme au Sahel sans citer le Polisario reviendrait à fermer les yeux sur un maillon essentiel de la chaîne, au moment où les États-Unis revendiquent une approche globale de la menace iranienne et de ses relais. Pour ses opposants, au contraire, une telle désignation risquerait de complexifier davantage un dossier saharien déjà explosif, en fermant la porte à toute solution négociée.  

Reste que, sur le plan diplomatique, la sortie de Cruz offre un argument de poids à ceux qui, notamment au Maroc et parmi ses partenaires, dénoncent depuis des années le glissement du Polisario vers une logique de militarisation incontrôlée et de porosité avec les trafics et les groupes armés transnationaux. Elle renforce également la lecture selon laquelle le Sahel n’est plus seulement un théâtre de crise africaine, mais un espace où se croisent désormais les stratégies des grandes puissances, des États régionaux et des acteurs non étatiques, du narco‑trafic aux réseaux iraniens. Qu’ils se concrétisent ou non dans une décision officielle de Washington, les propos du sénateur marquent une nouvelle étape : le Polisario n’est plus seulement présenté comme un mouvement séparatiste contesté, mais comme un acteur potentiellement intégré à l’architecture du terrorisme et des guerres par procuration qui redessinent la carte des risques au sud de la Méditerranée.




Source : https://sahra.articlophile.com/sahara/i/94118865/c...