La récente mission de consultations au titre de l’article IV menée par une équipe du Fonds monétaire international (FMI) au Maroc confirme la consolidation de la reprise économique tout en rappelant l’ampleur des réformes encore nécessaires. Conduite à Rabat du 29 janvier au 11 février 2026, cette visite annuelle a donné lieu à une déclaration où les services du Fonds saluent la dynamique de croissance, la maîtrise de l’inflation et les progrès du cadre budgétaire, tout en insistant sur la création d’emplois durables, la gestion des risques budgétaires et la montée en puissance du capital humain.
Selon cette évaluation, l’économie marocaine a bénéficié d’un rebond marqué de l’agriculture, de la construction et des services, ce qui a permis d’enregistrer une croissance soutenue en 2025, appelée à se prolonger en 2026 grâce à un cycle d’investissements publics et privés et à une bonne campagne agricole. L’inflation est restée contenue, avec une hausse des prix jugée compatible avec les objectifs de stabilité, ce qui permet au FMI de considérer que l’orientation actuelle de la politique monétaire demeure appropriée. Le Fonds souligne toutefois que la poursuite de cette trajectoire suppose un environnement international relativement favorable et la capacité du pays à absorber un volume important de projets d’investissement sans fragiliser ses équilibres externes.
Sur le plan des finances publiques, la mission met en avant les avancées dans le renforcement du cadre budgétaire à moyen terme et dans la gestion de l’investissement public, en particulier les démarches en vue de l’adoption d’une nouvelle règle budgétaire. Les services du FMI encouragent les autorités à utiliser une partie d’éventuelles surperformances de recettes pour reconstituer des marges de manœuvre budgétaires, tout en réorientant certaines dépenses vers l’éducation, la santé et la protection sociale. L’institution recommande aussi une identification plus systématique des risques pesant sur les finances publiques, notamment ceux liés aux entreprises et établissements publics, avec un effort accru de transparence dans les documents de programmation.
Le diagnostic porte également sur le système financier et le rôle de la banque centrale. Le FMI considère que la politique monétaire peut rester dans une position jugée globalement neutre, à condition de rester attentive aux données et à l’évolution de l’inflation. Il invite Bank Al‑Maghrib à poursuivre graduellement la transition vers une plus grande flexibilité du taux de change, étape clé de la mise en place d’un véritable cadre de ciblage de l’inflation, en insistant sur l’importance d’une communication claire sur le séquençage des réformes. Les autorités sont en outre félicitées pour les progrès dans le traitement des créances en souffrance et pour les mesures visant à renforcer la résilience du secteur financier face aux risques émergents.
La question de l’emploi et du secteur privé occupe une place centrale dans les remarques des services du Fonds, qui rappellent que la création d’emplois de qualité demeure l’un des principaux défis du pays. Le FMI plaide pour un climat des affaires plus favorable, une participation accrue du secteur privé et des réformes supplémentaires du marché du travail afin d’améliorer l’adéquation entre les compétences et les besoins des entreprises. La poursuite de la réforme des entreprises publiques est présentée comme un levier essentiel pour renforcer la concurrence et garantir une neutralité de traitement entre acteurs publics et privés.
Dans ce contexte, la mission met en avant l’importance des dispositifs ciblés de soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises via la Charte de l’investissement, les centres régionaux d’investissement, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement et la nouvelle Charte dédiée aux TPME. Ces instruments sont présentés comme des outils structurants pour encourager l’investissement productif et l’emploi, à condition que leur impact soit suivi de manière fine, notamment en matière d’insertion des jeunes sur le marché du travail. Le FMI salue aussi la mise en œuvre du « Job Plan 2030 », qui propose un cadre global pour moderniser les politiques de l’emploi, renforcer l’accompagnement des jeunes sans diplôme et réduire progressivement le chômage.
Au-delà des chiffres et des indicateurs macroéconomiques, cette mission de consultations souligne un point de continuité dans l’analyse du FMI sur le Maroc : la résilience affichée face aux chocs climatiques et externes doit désormais se traduire par une croissance plus inclusive, reposant sur un capital humain mieux formé, des institutions publiques plus performantes et un secteur productif plus diversifié. Les échanges tenus avec le gouvernement, Bank Al‑Maghrib et les acteurs économiques illustrent la volonté partagée de maintenir le cap des réformes, mais aussi la conscience des risques liés au contexte mondial et aux contraintes internes. Le rapport qui sera soumis au Conseil d’administration du FMI donnera une vision plus détaillée de ces enjeux, mais la tonalité de cette première déclaration place clairement le Maroc dans la catégorie des économies émergentes considérées comme réformatrices, avec des attentes élevées en matière de gouvernance économique et sociale.
Source : https://lemag.articlophile.com/blog/i/94325997/fmi...






CITAMAG #146