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Feijóo et le Maroc : le double discours de la droite espagnole à l'approche des élections


Le Mardi 13 Octobre modifié le Mardi 30 Novembre


              

La scène s'est déroulée lundi 12 octobre, dans le Salón de Columnas du Palais royal de Madrid, lors de la réception de la Fête nationale. Face à l'ambassadrice du Maroc en Espagne, Karima Benyaich, le président du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, a lâché qu'il ne demanderait « ni pardon ni permission ». Il affirme, selon ABC, avoir simplement « fait son devoir », tandis que son entourage a insisté sur le fait que c'est la diplomate qui s'était approchée pour le saluer.

Pour le chroniqueur Adil Faouzi, qui signe une analyse au vitriol dans Morocco World News, cette poignée de main n'a rien d'un dégel : c'est une courtoisie de façade, mise en scène la veille de la visite des souverains espagnols à Ceuta et Melilla — un déplacement que Feijóo réclamait depuis l'été.



Un réquisitoire sans preuves

Au Parlement, le chef de l'opposition avait déjà présenté le Maroc comme un maître chanteur, répétant que l'Espagne ne pouvait agir « sous le chantage ou la menace » de son voisin, et lançant à Pedro Sánchez, en allusion à l'affaire Pegasus : « Que sait le Maroc sur vous ? » Une insinuation que le chef du gouvernement avait lui-même balayée comme une construction sans fondement.

Rabat n'a pas tardé à répondre. Depuis New York, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a estimé que ces responsables politiques espagnols « ne connaissent pas le Maroc d'aujourd'hui » et ignorent tout de la gestion migratoire, dénonçant une campagne d'escalade et d'accusations infondées — une position qu'il avait déjà exposée en marge de l'Assemblée générale de l'ONU.


De Rajoy à Feijóo, une même partition

L'auteur s'appuie sur les travaux de l'analyste marocain Samir Bennis, qui a retracé le double discours du PP : dans l'opposition, le Maroc serait responsable de tous les maux ; au gouvernement, il devient soudain un « partenaire loyal et fiable ». Mariano Rajoy en offrirait l'exemple type : accusant le gouvernement socialiste de « complaisance » lors des passages massifs à Melilla en 2005, il saluait ensuite, une fois au pouvoir, une « coopération exemplaire » avec Rabat.

Selon Bennis, Feijóo sait parfaitement que s'il accède à la Moncloa — éventuellement avec Vox —, il abandonnera cette rhétorique du jour au lendemain, car la stabilité des frontières espagnoles dépend largement de la bonne volonté marocaine.


Le verdict d'abord, les preuves jamais

Au cœur de la critique figure la thèse de la « guerre hybride » que le PP impute au Maroc dans l'afflux de migrants à Ceuta fin juillet. Or, souligne Morocco World News, les quarante documents déclassifiés du Centre national du renseignement (CNI) n'accusent nulle part Rabat d'avoir orchestré l'épisode. Ils décrivent au contraire des forces marocaines débordées, des services marocains alertés par le CNI lui-même la veille des passages, et des interceptions en hausse semaine après semaine. Feijóo n'en a pas moins déclaré au journal El Mundo que, même avec des informations manquantes, « nous savons que le Maroc est derrière l'attaque hybride ».

Pour l'auteur, le Maroc est devenu le bouc émissaire commode de la politique espagnole, d'autant plus avec des élections anticipées fixées au 29 novembre. Rabat avait déjà prévenu, après le vote le 10 septembre d'une loi accordant la nationalité espagnole aux Sahraouis, qu'il refusait de servir de monnaie électorale. Vendredi dernier encore, le roi Mohammed VI a rappelé devant le Parlement que la coopération avec Madrid repose sur le respect mutuel et ne se fera sous aucune pression.


Abascal et Bardella à Ceuta

Le même lundi, à Ceuta, le chef de Vox, Santiago Abascal, s'affichait aux côtés de Jordan Bardella, président du Rassemblement national. Le premier a qualifié les arrivées de juillet d'« invasion parrainée par le Maroc » et réclamé une frontière militarisée ainsi que des expulsions massives ; le second a présenté Ceuta comme « espagnole et européenne » en avançant un chiffre de 86 800 entrées, dont l'origine n'est pas précisée.

L'analyse relève aussi l'alignement Paris-Madrid : le 29 septembre, Felipe VI a dénoncé devant Emmanuel Macron une atteinte à une frontière européenne, et le président français a, le lendemain, évoqué une « attaque » extérieure tout en appelant à maintenir la coopération migratoire avec le Maroc. Pour Adil Faouzi, Feijóo n'a pas défendu l'Espagne au Palais royal : il a passé une audition pour la présidence du gouvernement, avec le Maroc dans le rôle du méchant dont il a besoin aujourd'hui — et du partenaire qu'il courtisera demain.


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Source : https://lemag.articlophile.net/articles/i/98363174...