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« Le Disciple » sur Netflix : Cilvaringz, du fan absolu au cœur du Wu-Tang Clan


Le Samedi 31 Octobre modifié le Mardi 31 Octobre


              

Depuis le 16 octobre 2026, Netflix diffuse « Le Disciple : Dans les pas du Wu-Tang Clan » (The Disciple: A Wu-Tang Fable), réalisé par Joanna Natasegara. Le documentaire suit Tarik Azzougarh, rappeur et producteur néerlandais d'origine marocaine connu sous le nom de Cilvaringz. En 1 h 47, il raconte comment ce jeune homme venu d'Amsterdam est passé du statut de fan à celui de membre du cercle rapproché du groupe new-yorkais, puis de moteur d'un album produit à un seul exemplaire, comme le détaille la présentation du film publiée par Netflix.



Le maître et le disciple

Le film place au centre de son récit le lien entre Cilvaringz et le groupe de son adolescence. À force d'obstination, il approche d'abord plusieurs proches du Wu-Tang, avant d'atteindre son fondateur, RZA, qui devient son mentor. RZA le résume ainsi : le jeune homme ne l'a pas rencontré en premier, mais sa persévérance a fini par vaincre toutes les résistances. Le titre découle de cette relation. Pour Natasegara, un disciple suppose un maître, et le talent de RZA consiste à faire grandir ceux qui l'entourent sans fabriquer des copies de lui-même. RZA y voit le prolongement de la philosophie Shaolin du maître et de ses élèves, socle du groupe depuis ses débuts.


Un album, un seul exemplaire

Ce parcours croise l'histoire de « Once Upon a Time in Shaolin », septième album studio du Wu-Tang Clan. Enregistré en secret entre 2007 et 2013, il a été scellé dans un coffret en argent ouvragé, puis vendu aux enchères en 2015 comme une œuvre d'art unique et non comme un disque destiné à circuler. Netflix le présente comme l'enregistrement le plus cher jamais vendu, alors que presque personne ne l'a entendu. La vente était assortie d'une clause interdisant toute exploitation commerciale pendant 88 ans, soit jusqu'en 2103 : l'album n'existe sur aucune plateforme de streaming et ne peut être ni acheté ni téléchargé.


Un geste contre la dévalorisation de la musique

Les auteurs du projet présentent cette rareté comme une protestation contre l'ère du streaming, qui a réduit la musique à un contenu jetable. Natasegara parle d'une déclaration politique contre la dévalorisation de la musique comme art, en particulier celle des artistes racisés, dans une industrie de plus en plus dominée par les grandes entreprises. D'où le paradoxe qu'explore le film : défendre la valeur de la musique en restreignant son accès. Cette lecture reste toutefois celle des initiateurs du projet et de la plateforme, non un jugement critique indépendant sur la réussite de l'expérience. Au-delà de l'ambition artistique, le documentaire interroge la propriété, l'accès et la relation entre les artistes et leur public.


De Martin Shkreli à PleasrDAO

Le film revient aussi sur le destin mouvementé de l'album. Acheté en 2015 par l'homme d'affaires de l'industrie pharmaceutique Martin Shkreli pour environ 2 millions de dollars, il est saisi par les autorités américaines après la condamnation de ce dernier pour fraude boursière. Conservé un temps dans les coffres du ministère de la Justice, il est revendu en 2021 au collectif d'art numérique PleasrDAO pour environ 4 millions de dollars en cryptomonnaie, soit le double du prix initial. En 2024, un juge a ordonné à Shkreli de remettre toutes les copies qu'il aurait pu réaliser.


Écoutes rares, avenir ouvert

L'interdiction commerciale n'empêche pas quelques écoutes encadrées. En 2026, PleasrDAO a apporté l'album à Park City, dans l'Utah, et en a fait entendre une vingtaine de minutes à un petit public d'invités après une projection du documentaire, sur une durée totale de plus de deux heures. Selon le Washington Post, ce n'était que la septième diffusion publique de l'enregistrement. Le collectif dit chercher des moyens de le faire découvrir au public, notamment par des expositions muséales, tout en respectant la clause qui en interdit la vente avant 2103. RZA, lui, accepte de ne pas savoir ce que deviendra l'album, qu'il considère désormais comme une entité autonome qu'il faut laisser vivre.


Cinq ans de travail

« Le Disciple » est le premier long métrage réalisé par Joanna Natasegara, oscarisée en tant que productrice (The White Helmets). Présenté en première mondiale au Festival de Sundance 2026, il a demandé cinq ans de travail, nourris par la passion adolescente de la cinéaste pour le groupe et par sa curiosité pour l'album secret. RZA y apparaît à la fois comme sujet et comme producteur exécutif. À travers Cilvaringz, le film réunit le portrait d'un fan devenu proche de ses idoles et l'histoire d'un disque dont la légende dépasse de loin le cercle de ceux qui ont pu l'écouter. Une réflexion qui prolonge les débats sur la rémunération des créateurs à l'ère du streaming.



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Source : https://cinema.articlophile.net/blog/i/98413465/le...