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Nasser Bourita à Madrid : des consultations discrètes sur le Sahara sous impulsion américaine et onusienne


Le Mardi 10 Février modifié le Mardi 30 Novembre



Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a eu des entretiens à Madrid avec son homologue espagnol, José Manuel Albares, dans le cadre d’une séquence diplomatique intensive centrée sur la question du Sahara, menée dans une grande discrétion. Cette rencontre s’inscrit dans des discussions multilatérales accueillies par la capitale espagnole, avec le soutien des États-Unis, visant à relancer la dynamique de règlement du différend régional.



Le tête-à-tête entre Bourita et Albares intervient alors que le chef de la diplomatie espagnole multiplie les rencontres autour du même dossier, notamment avec l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan de Mistura, ainsi qu’avec les ministres des Affaires étrangères d’Algérie et de Mauritanie reçus les jours précédents. Ce calendrier resserré laisse entrevoir une volonté d’associer l’ensemble des acteurs directement concernés à une concertation coordonnée, sous parapluie onusien et avec un cadrage occidental.

Officiellement, José Manuel Albares s’est limité, après ses échanges avec Alger et Nouakchott, à mettre en avant sur les réseaux sociaux la qualité des relations bilatérales et la bonne entente avec les deux pays, sans mention explicite du Sahara. Mais la concomitance de ces rencontres avec la présence de Staffan de Mistura à Madrid suggère que le dossier saharien a été au cœur des discussions, malgré la prudence de la communication publique. L’Espagne, qui s’est alignée en 2022 sur la position marocaine en soutenant le plan d’autonomie, tente ainsi de conjuguer son partenariat stratégique avec Rabat et la gestion sensible de ses rapports avec Alger et Nouakchott.

Pour le Maroc, l’enjeu est clair : Rabat réaffirme que l’initiative d’autonomie constitue la seule solution politique réaliste, crédible et pragmatique au différend autour du Sahara. Cette proposition a bénéficié, ces dernières années, d’un soutien croissant sur la scène internationale, avec un glissement progressif de plusieurs capitales d’une posture de neutralité formelle vers un appui explicite ou implicite à l’option de l’autonomie sous souveraineté marocaine.

Une récente résolution du Conseil de sécurité des Nations unies a d’ailleurs estimé qu’une « véritable autonomie » pourrait représenter l’issue la plus réaliste au conflit, ce qui recoupe largement l’argumentaire diplomatique marocain cherchant à sortir le dossier de la logique du référendum au profit d’un compromis négocié. Fin janvier, l’Union européenne a, à son tour, exprimé son soutien à une solution « juste, durable et mutuellement acceptable » fondée sur le plan d’autonomie proposé par le Maroc, consolidant ainsi une tendance de fond en faveur de cette option.

Les consultations en cours à Madrid, qui croisent les agendas du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et de l’ONU, traduisent une prise de conscience accrue, notamment en Europe et en Amérique du Nord, du coût géopolitique du statu quo pour la stabilité du Maghreb et de la bande sahélo-saharienne. Dans le même temps, elles placent l’Espagne dans une position de « partenaire-médiateur », soucieuse de conforter son rapprochement avec Rabat sans provoquer de nouvelle crise avec Alger, toujours critique vis-à-vis de l’inflexion opérée par Madrid depuis 2022.

Pour Rabat, la présence à cette « table de Madrid » est la matérialisation d’un changement de paradigme : le plan d’autonomie n’apparaît plus comme une option parmi d’autres, mais comme le cadre de référence sur lequel s’alignent progressivement les principaux acteurs internationaux. Tout l’enjeu des prochains mois sera de savoir si cette séquence de consultations discrètes débouchera sur un format de négociations structuré, capable d’ouvrir une véritable perspective politique à un conflit qui pèse depuis plusieurs décennies sur la région.




Source : https://sahra.articlophile.com/sahara/i/94252927/n...