Au lendemain de l'expiration du mandat de la Minurso, Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, a accordé depuis New York un entretien à Medi1 TV. Il y revient sur les négociations qui ont précédé la séance du Conseil de sécurité du vendredi 30 octobre 2026 et sur les conséquences du veto russe, qui a fait tomber le projet américain malgré ses 11 voix favorables. L'intégralité de l'entretien est disponible sur YouTube.
Un départ préparé avec le Secrétariat
Le diplomate s'appuie sur le troisième paragraphe du communiqué du Cabinet royal : faute de renouvellement, la mission doit se préparer à quitter les provinces du Sud. Selon lui, les responsables du Secrétariat ont contacté le chef de la Minurso dès l'adoption du vote pour lui demander de s'y préparer, tandis que la mission marocaine a engagé des discussions avec le département des opérations de paix sur les modalités du démantèlement, « en bon ordre » et dans le respect du personnel onusien.
Saluant la qualité de la coopération entretenue pendant des années avec le Secrétariat et la mission, Omar Hilale s'est voulu rassurant envers les membres du Conseil qui redoutent un retrait précipité, comme dans d'autres théâtres. Les autorités civiles et militaires marocaines, a-t-il affirmé, apporteront protection, appui logistique, aide humanitaire et soins au personnel, et les privilèges et immunités prévus par l'accord sur le statut des forces resteront en vigueur jusqu'au départ du dernier membre de la mission.
Les « lignes rouges » emportées par le veto
Les négociations sur le texte américain ont duré environ trois semaines, rappelle l'ambassadeur. Ce que les adversaires du Maroc considéraient comme des lignes rouges avait pourtant, souligne-t-il, recueilli l'adhésion de la majorité du Conseil. Il en cite quatre : la satisfaction exprimée par le Conseil après la présentation à Washington d'une version actualisée et détaillée du plan d'autonomie ; la reconnaissance de ce plan comme base de règlement dans le cadre de la souveraineté marocaine ; la disparition du « R » de référendum dans le nom de la mission ; enfin, le volet humanitaire, avec le recensement des camps de Tindouf et la mise en œuvre de solutions durables. À noter que, selon les versions du texte rapportées avant le vote, la mouture finale présentait l'autonomie comme la solution la plus réalisable plutôt que comme l'unique option.
L'ambassadeur invoque la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés et son protocole : la doctrine onusienne prévoit trois solutions durables, l'intégration sur place, le retour dans le pays d'origine ou la réinstallation dans un pays tiers. L'Algérie, accuse-t-il, les refuse toutes depuis des décennies et conditionne l'identification des populations à un règlement politique préalable.
L'Algérie « principale partie », Moscou ménagée
Pour Omar Hilale, la prise de parole de dernière minute du représentant algérien, à laquelle il avait répondu en séance, a démontré qu'il n'existe que deux parties au différend : le Maroc et l'Algérie. Il accuse Alger d'avoir œuvré au veto par la pression et le marchandage, le texte américain risquant, selon lui, de devenir la résolution structurante d'un règlement définitif fondé sur l'autonomie.
Il a toutefois pris soin de ménager Moscou. Le Maroc et la Russie, rappelle-t-il, sont liés par des relations historiques et par un partenariat stratégique conclu en mars 2016 entre le Roi Mohammed VI et le président Vladimir Poutine. Rabat poursuivra cette coopération : un veto ne saurait compromettre la souveraineté marocaine sur le Sahara, et le Royaume n'a jamais demandé à ses partenaires de choisir entre Rabat et Alger. À ses yeux, ce veto rend même au Maroc sa pleine souveraineté sur le dossier, en mettant fin aux réunions périodiques du Conseil et à l'inscription de la question à son ordre du jour.
Le HCR toujours tenu d'enregistrer les réfugiés
Le rejet du projet n'enterre pas la demande d'enregistrement, a insisté l'ambassadeur. Le recensement et l'identification relèvent du mandat propre du Haut-Commissariat pour les réfugiés ; la résolution n'aurait apporté qu'un appui politique du Conseil. Il rappelle que plusieurs États ont demandé au HCR, lors de la dernière session de son comité exécutif, de mettre en œuvre les solutions durables, et se demande si l'Algérie coopérera ou imposera aux populations des camps « un autre demi-siècle d'exil et d'attente ». Il cite à ce propos le discours royal de la première Fête de l'Unité, dans lequel le Souverain qualifiait les habitants des camps de « frères » appelés à revenir.
Le paragraphe 6 et la représentativité
Le diplomate s'est attardé sur le paragraphe opératoire 6 du projet, qui aurait chargé l'envoyé personnel Staffan de Mistura d'élargir ses consultations aux Sahraouis vivant dans les provinces du Sud, à la diaspora sahraouie et aux personnes qui, selon lui, ont subi la répression dans les camps et ont été tenues à l'écart du processus. Cette disposition aurait mis fin, estime-t-il, à ce qu'il qualifie de captation de la représentativité par le Polisario. Il oppose l'absence de tout scrutin dans les camps aux élections locales, régionales et législatives organisées dans les provinces du Sud, dont tous les élus sont, affirme-t-il, originaires de la région.
« Le train est en marche », a-t-il conclu sur ce point : le Maroc n'a pas attendu le processus politique pour investir, développer les infrastructures et ouvrir des consulats dans ses provinces sahariennes, dans le cadre du modèle de développement voulu par le Roi.
Les volte-face du Polisario
Interrogé sur le Polisario, qui avait menacé le 22 octobre, dans une lettre au Secrétaire général, de se retirer du processus politique avant de se dire prêt à y coopérer, Omar Hilale relève trois communiqués contradictoires en une dizaine de jours : le premier mettant en cause la neutralité de l'envoyé personnel, le deuxième brandissant la menace d'un retrait, le troisième exprimant des regrets. Un revirement venu « trop tard », selon lui. Il ajoute que le communiqué publié à Moscou après le vote évoque, d'après ses propos, des contacts avec le Maroc et l'Algérie en tant que parties concernées.
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