Le prix Caine pour la littérature africaine a engagé des vérifications sur la façon dont a été écrite la nouvelle qu'il vient de couronner. En cause : un logiciel de détection a classé la quasi-totalité du texte comme probablement produit par une machine. L'affaire a été révélée le 11 octobre par la journaliste Vauhini Vara dans une enquête publiée par The Atlantic ; c'est à la suite de ses questions que les responsables du prix ont décidé d'examiner le dossier. Ce signalement, à lui seul, ne prouve pas que le lauréat zimbabwéen, Simbarashe Steyn Kundizeza, ait eu recours à l'intelligence artificielle.
L'écrivain, installé à Harare, a reçu cette distinction dotée de 10 000 livres sterling pour « The Blue Fighter », parue dans la revue The Shallow Tales Review. Le récit suit Tinashe, un garçon dont la famille s'enfonce dans les difficultés financières lorsque son père quitte son emploi pour se consacrer à sa passion, la fabrication d'aquariums. Sa mère se retrouve alors tiraillée entre le rêve de son mari et la survie du foyer. Le jury, présidé par la journaliste Bola Mosuro, avait salué la justesse avec laquelle le texte saisit les liens familiaux et leurs contradictions. Kundizeza n'est pas un inconnu : son manuscrit de premier roman, Freelance, avait déjà remporté en 2024 le prix Island, comme le rappelait l'agence APA à l'annonce de sa victoire.
Un détecteur, des comparaisons
L'analyse rapportée par The Atlantic s'appuie sur Pangram, un outil qui estime si un texte a été rédigé par un humain ou généré par une IA. Selon la journaliste, il a signalé presque toute la nouvelle, à une exception près : l'épigraphe, empruntée à un poème inédit de Vangile Gantsho. Pour disposer d'un point de comparaison, Vauhini Vara a soumis au même logiciel les 25 nouvelles primées les années précédentes. Toutes ont été jugées entièrement écrites par des humains.
Le même verdict « humain » a été rendu pour un texte plus ancien de Kundizeza, « The Whistleblower », paru en 2021 dans la revue Transition. On y suit un jeune diplômé en informatique de Harare face à un ancien professeur devenu agent du renseignement. Cette comparaison ne porte toutefois que sur une seule œuvre antérieure de l'auteur, et non sur l'ensemble de sa production. Elle met en évidence un écart dans les résultats du détecteur, sans établir pour autant comment « The Blue Fighter » a été composé.
L'agence de l'auteur conteste
Sollicitée par l'intermédiaire de son agente, Adrienne Ingrum, de Serendipity Literary Agency, la représentation de l'écrivain a rejeté les soupçons. D'après The Atlantic, l'agente a annoncé que la directrice de l'agence, Regina Brooks, fournirait des éléments à l'appui de leur conviction : la nouvelle est bien l'œuvre de Kundizeza. Le magazine indique n'avoir rien reçu de plus avant la mise en ligne de son article — un silence qui ne vaut en rien aveu.
Le prix refuse de trancher sur la foi d'un logiciel
Ellah Wakatama, présidente du conseil d'administration du prix, a rappelé que les œuvres générées par IA ne sont pas admissibles. Elle a annoncé des échanges avec les membres du jury, une relecture du texte et une discussion approfondie avec l'écrivain sur ses méthodes de travail ; l'examen de versions antérieures du manuscrit a aussi été évoqué avec son agence. Mais elle refuse de tenir le verdict d'un détecteur pour une preuve suffisante et dit vouloir aborder l'auteur avec une présomption d'honnêteté.
L'affaire illustre la différence entre deux démarches : repérer automatiquement des indices, et établir les conditions réelles d'écriture d'un texte. The Atlantic reconnaît que ces outils peuvent se tromper, tout en rapportant les performances revendiquées par Pangram et des travaux de recherche favorables à sa fiabilité. Le prix, lui, privilégie les preuves documentaires et les entretiens. À ce stade, aucune conclusion n'a été annoncée : l'origine artificielle de la nouvelle reste une hypothèse à examiner.
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Source : https://lemag.articlophile.net/articles/i/98350977...
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