Menu
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Relier l'« SEL » et l'éducation au caractère: donner un cap et une culture à l'école


Le Vendredi 10 Juillet modifié le Mardi 30 Novembre



Dans bien des établissements, la réaction face aux comportements difficiles est la sanction. John Gasko, chief well-being officer d'Uplift Education, explore un autre chemin: « Et si la clé d'une école qui fait grandir n'était pas le contrôle, mais la connexion ? » Son approche croise l'apprentissage socio-émotionnel (SEL) et l'éducation au caractère pour créer des conditions où élèves et adultes peuvent s'épanouir ensemble. De la petite enfance aux classes de Dallas, il montre comment les compétences de conscience de soi et de régulation émotionnelle s'alignent sur un travail de finalité, de valeurs et de courage moral. « Nous pensons que le caractère donne au SEL son pourquoi, » dit-il. « On devient conscient de soi et des autres, on apprend à réguler—dans le bon comme dans le difficile—parce que cela forme le caractère, c'est-à-dire la reconnaissance d'une noble finalité et d'une identité singulière dans le monde. »



Le SEL s'est développé dans les années 1990, lorsque chercheurs, éducateurs et acteurs communautaires ont voulu intégrer à la réussite scolaire une dimension émotionnelle et sociale. Le cadre aujourd'hui popularisé par la Collaborative for Academic, Social, and Emotional Learning (CASEL) insiste sur la conscience de soi, la gestion de soi, la conscience sociale et les compétences relationnelles, cette architecture ayant été complétée par la « prise de décision responsable » pour mieux relier les émotions à l'éthique, comme l'a mis en lumière un survol pédagogique publié par Routledge. En miroir, l'éducation au caractère vise la personne que l'on souhaite devenir—respect, compassion, courage, honnêteté—et donne une valeur et une direction aux outils du SEL.


Cette complémentarité a pourtant souvent été présentée comme une opposition. Les ancrages différents—plutôt psychologiques et de santé publique pour le SEL, plutôt civiques et moraux pour le caractère—ont brouillé la vision d'ensemble. Uplift Education se situe précisément au point de jonction en parlant d'éducation fondée sur la finalité: « Si nous n'aidons pas les élèves à situer leur raison d'être, ce qu'ils font à l'école perd de son sens, » résume l'équipe. Connecter les actes à une finalité personnelle transforme un règlement en identité: on choisit d'être honnête non pour éviter une sanction, mais parce que « dire vrai » est central pour son intégrité. Des travaux suggèrent que cette voie renforce le sentiment de soi et l'ancrage communautaire, avec des effets bénéfiques sur le climat scolaire et les apprentissages (étude).


Cette idée d'un pont entre les deux champs est partagée par Johari Harris, postdoctorante à Youth-Nex (UVA): « L'idée que l'on puisse divorcer le SEL et l'éducation au caractère des contenus d'apprentissage est courte de vue. Ils sont profondément liés, et nous pouvons beaucoup mieux les intégrer de manière intentionnelle. » Pour Harris, on ne peut dissocier bien-être et formation du caractère des identités culturelles, de la race et du contexte social. Les adolescents interrogent déjà leur place dans des systèmes qui ne sont pas toujours pensés pour eux; un SEL pertinent devrait les aider à explorer ces dimensions, à contester les récits dévalorisants, à construire agentivité et finalité. « Que signifie se présenter, par exemple, en tant que garçon noir dans ma communauté ? » propose-t-elle. « Dans mon contexte, que signifie se présenter en tant que fille noire ? En tant que personne avec ou sans capital et statut ? À quoi suis-je censé ressembler ? Comment suis-je supposé me comporter ? Comment vais-je décider de me comporter ? »


Arthur Schwartz, président de Character.org, met l'accent sur le rôle orientant du caractère. Il y voit une manière d'aider les élèves à répondre à la question « Quel type de personne ai-je envie d'être ? », en complément des outils émotionnels du SEL. « L'un des atouts du caractère est de commencer par la fin en tête, » dit-il. « Quelle décision dois-je prendre maintenant qui s'aligne avec la personne que je veux être, que j'aie cinq ans ou cinquante ? » Pour Schwartz, le caractère agit comme une étoile polaire, donnant un cap aux compétences du SEL—un sens qui engage autant qu'il régule.


Maurice Elias, directeur du Rutgers Social-Emotional and Character Development Lab, prolonge cette vision intégrative en rappelant que le changement durable ne vient pas d'un curriculum seul, mais de la culture, du leadership et de la finalité. Dans son cours Brick by Brick: A Leader's Guide to Building SEL in Schools, il formalise quatre piliers: compétences du SEL, caractère, pédagogies culturellement pertinentes, et climat scolaire soutenant. « Aucun programme n'est à l'épreuve du climat, » souligne-t-il. « Le climat et le caractère sont totalement imbriqués. » Autrement dit, une classe peut être exemplaire, mais sans engagement coordonné, l'école n'incarne pas une culture de caractère. « Une école doit prendre un engagement systématique et collaboratif, organisé, cohérent, séquencé selon le développement, » dit Elias. « Et quand elle recrute, les nouvelles personnes doivent saisir une rame et ramer au même rythme que les autres. »


Ces principes se lisent déjà dans les pratiques d'Uplift sous la houlette de Gasko: le bien-être des adultes, la cohérence du climat et un leadership aligné sont le terreau où peuvent s'enraciner le SEL et le caractère. L'environnement reflète la vie intérieure de celles et ceux qui le conduisent. C'est aussi l'esprit des communautés professionnelles d'éducateurs, qui proposent d'apprendre et de s'entraider tout en gardant la finalité en vue (Greater Good Educators Program).


Au fond, la convergence est claire. Le SEL donne des outils d'intelligence émotionnelle et de relation, l'éducation au caractère apporte le pourquoi—la boussole morale et la finalité—qui guident l'usage de ces outils. Ni l'un ni l'autre ne peut s'enraciner seul. Ils prospèrent dans une culture d'école où le bien-être adulte est prioritaire, où les éducateurs modèlent authenticité et courage moral, et où l'identité de chaque élève est reconnue et honorée.


Source: Greater Good Magazine, article d'Emily Brower, « Building a Bridge Between Social-Emotional Learning and Character Education » — lire l'article original




Source : https://fr.articlophile.com/blog/i/97287659/relier...