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Snapchat : ce qu'un enfant de 13 ans découvre vraiment en une semaine d'utilisation normale


Le Mercredi 30 Septembre modifié le Mardi 30 Novembre


              

Faut-il laisser un enfant de 12 ou 13 ans utiliser Snapchat parce que « tous ses amis y sont » ? C'est la question à laquelle tentent de répondre deux rapports publiés cette année par l'organisation américaine Heat Initiative, présentés dans une analyse de sa présidente Brooke Istook. L'application, utilisée quotidiennement par près d'un tiers des 9-12 ans et plus de la moitié des 13-17 ans aux États-Unis, reste largement méconnue des parents dans son fonctionnement réel.



Snapchat repose sur l'envoi de photos et messages « éphémères » entre amis, mais l'application propose aussi des fonctions publiques pilotées par des algorithmes de recommandation : Stories, Spotlight, Discover et un système de suggestion de contacts appelé Find Friends. Comme sur TikTok ou Instagram, ces algorithmes favorisent les contenus qui retiennent l'attention, quitte à privilégier des contenus toujours plus choquants.


La première étude, menée en décembre 2025 auprès de 1 000 jeunes de 10 à 17 ans, montre qu'un jeune utilisateur sur trois déclare avoir été confronté au moins une fois par semaine à un contenu ou un message problématique : contact non désiré (36 % des répondants sur l'année écoulée), comportement humiliant ou harcèlement (31 %), contenu à connotation sexuelle (25 %), ainsi que, dans une moindre mesure, violence graphique, contenus liés à l'automutilation, à la drogue ou à l'alcool. Les 10-12 ans ne sont pas épargnés : ils seraient même exposés à des contenus liés à l'automutilation deux fois plus souvent que les adolescents plus âgés, un résultat que les auteurs jugent préoccupant malgré un échantillon réduit.


Le volet le plus frappant est une expérimentation directe : Heat Initiative a créé deux comptes fictifs présentés comme appartenant à des adolescentes de 13 ans, sur des téléphones Android neufs, puis a laissé l'algorithme de Snapchat leur recommander du contenu pendant six heures chacun. Résultat : la fonction Find Friends a suggéré des profils d'adultes inconnus, y compris des comptes de contenus pour adultes et des comptes faisant la promotion de produits stupéfiants, alors même que ces comptes ne partageaient aucune connaissance commune avec les profils tests.


Sur le plan du contenu recommandé, les deux comptes ont reçu au total 244 vidéos à caractère sexuel (une toutes les trois minutes), 95 vidéos glorifiant violence ou activités criminelles, 53 vidéos liées à l'automutilation ou au suicide, et 256 vidéos évoquant drogue et alcool, certaines montrant des enfants très jeunes en train de consommer. Aucune des vidéos sexuelles ne comportait de nudité, mais toutes incluaient un langage explicite ou des mises en scène suggestives, dont certaines mettant en avant d'importants écarts d'âge entre adultes et mineurs.


Le sextage forcé, ou « sextortion », concerne 4 % des jeunes interrogés selon l'enquête déclarative, un taux qui grimpe à 11 % chez les jeunes LGBTQ+. En extrapolant ce chiffre à l'estimation de 20 millions d'adolescents américains utilisateurs de Snapchat avancée par son PDG Evan Spiegel, cela représenterait environ 800 000 jeunes menacés en une seule année. Des documents internes rendus publics dans le cadre d'une plainte de l'État du Nouveau-Mexique avaient déjà révélé que l'entreprise recevait environ 10 000 signalements de sextortion par mois dès 2022, sans toujours y donner suite de façon adaptée.


Autre enseignement de l'étude : le silence des enfants ne signifie pas l'absence de problème. Seuls 39 % des jeunes ayant vécu une expérience désagréable en ont parlé à un adulte de confiance ; la majorité préfère bloquer, signaler ou simplement ignorer, notamment parce qu'ils se disent « habitués » à ce type de contenu.


Depuis la publication du premier rapport en juin 2026, Snapchat a annoncé de nouvelles restrictions pour les comptes de moins de 16 ans et a publiquement répondu aux conclusions du second rapport. Pour les auteures de l'étude, ces ajustements ne suffisent toutefois pas à répondre à l'ampleur du problème : plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, l'Australie et les États-Unis, avancent aujourd'hui vers une législation plus contraignante sur la sécurité des mineurs en ligne, tandis que des milliers de familles américaines poursuivent en justice les grandes plateformes sociales.




Source : https://fr.articlophile.com/blog/i/98161867/snapch...