Mémoires d'argile : Un regard artistique sur les Années de plomb au Maroc

Publié le 07/03/2024
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Le film documentaire "The Mother of All Lies" réalisé par Asmae El Moudir propose une perspective innovante et émouvante sur les "Années de plomb" au Maroc, une période sombre caractérisée par la répression et la violence d'État sous le règne du roi Hassan II. La réalisatrice examine les cicatrices personnelles et sociétales laissées par cette époque tumultueuse en utilisant une approche créative qui intègre des figurines d'argile et des maquettes miniatures.



Une œuvre artistique pour révéler des vérités cachées

El Moudir utilise des méthodes innovantes pour revisiter son enfance dans le quartier Sebata de Casablanca. Son père crée avec soin des figurines et des décors miniatures, représentant comment chaque coin du quartier portait les traces des drames de l'époque. Cette démarche artistique aborde de manière subtile mais puissante des sujets délicats.

Un événement particulièrement marquant mis en lumière est le soulèvement du pain de 1981. De nombreux manifestants protestant contre la hausse du coût de la vie ont été tués par les forces de l'ordre. Le film souligne le manque de preuves visuelles de ces massacres, illustrant les efforts du régime pour effacer les traces de sa brutalité.

Un conflit entre souvenir et amnésie

Le docillustret une tension palpable entre ceux qui veulent se souvenir et ceux qui préfèrent oublier. La grand-mère d'E, incarne cette volonté d'effacement en ayant détruit toutes les photos familiales, à l'exception d'un portrait du rII.san II. Cela révèle la profondeur du traumatisme omniprésent qui régnait durant les Années de plomb.

El Moudir examine la ligne ténue entre histoire et reconstitution en croisant les témoignages et les non-dits. Sa approche novatrice met en avant la tension plutôt qu'une solution facile, laissant place à l'ambiguïté et aux vérités dissimulées dans la recherche d'authenticité.

Un film qui participe à une œuvre de mémoire plus vaste

"The Mother of All Lies" s'inscrit dans un mouvement plus large de réexamen critique de l'histoire récente du Maroc. Depuis la fin des Années de plomb, un processus de reconnaissance et de réparation a été entamé, notamment avec la création de l'Instance Équité et Réconciliation en 2004. Le film s'ajoute à cet effort en offrant une perspective intime et artistique sur cette période tumultueuse.

La chronique source sur The Guardian • 2 juillet 2024