Quelques jours après les attentats qui ont fait près de trois mille morts à New York, à Washington et en Pennsylvanie, le président George W. Bush promettait devant le Congrès : « Notre guerre contre le terrorisme commence avec Al-Qaïda, mais elle ne s'arrête pas là. »
Vingt-cinq ans plus tard, le bilan dressé par The New Yorker est vertigineux : environ sept mille militaires américains tués, près d'un million de morts directement liés aux conflits en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Pakistan et au Yémen — dont la moitié de civils —, et des milliers de milliards de dollars dépensés.
En 2026, les États-Unis, aux côtés d'Israël, ont même ouvert un nouveau front contre l'Iran.
Une victoire jamais atteignable
Pour les spécialistes du contre-terrorisme cités par le magazine, l'objectif fixé dès le départ était intenable : Colin Clarke, directeur exécutif du Soufan Center, estime que Washington s'est engagé dans une guerre sans fin en s'attaquant à un concept abstrait plutôt qu'à une organisation précise.
Bruce Hoffman, professeur à Georgetown, reconnaît qu'aucun attentat comparable n'a frappé le sol américain depuis vingt ans, un résultat qu'il qualifie de réussite majeure — mais qui, selon lui, ne revient pas à avoir gagné la guerre : Al-Qaïda n'a pas été vaincu, et son idéologie continue de prospérer.
Afghanistan : des progrès réels, un effondrement en dix jours
Avant l'intervention de 2001, l'Afghanistan des talibans comptait parmi les pays les plus pauvres du monde, avec un revenu annuel par habitant inférieur à deux cents dollars et une majorité d'adultes analphabètes.
Les vingt années qui suivent apportent des avancées tangibles : des millions de filles scolarisées, plus d'un quart des sièges du Parlement occupés par des femmes en 2021, une espérance de vie en forte hausse.
Mais l'aide internationale — près de cent cinquante milliards de dollars votés par le Congrès — est en partie détournée par des réseaux de corruption, et l'armée afghane financée par Washington compte des effectifs fictifs dont la solde est empochée par des officiers peu scrupuleux.
Quand les talibans reprennent Kaboul en dix jours à peine, en août 2021, c'est un gouvernement afghan gangrené par ces pratiques que la population n'est plus prête à défendre.
L'ONU signale depuis qu'Al-Qaïda a rétabli une présence dans la plupart des provinces afghanes.
L'État islamique, une menace qui ne disparaît jamais vraiment
Douze ans après la dispersion d'Al-Qaïda en Afghanistan, c'est un autre groupe, issu de ses rangs, qui s'empare d'un tiers du territoire syrien et de 40 % du territoire irakien : l'État islamique (ISIS), premier État terroriste transnational de l'histoire, qui attire plus de cinquante mille combattants étrangers venus d'une quatre-vingtaine de pays.
La bataille de Mossoul, en 2017, est décrite comme l'un des combats urbains les plus violents depuis la Seconde Guerre mondiale ; la bibliothèque de l'université de la ville, qui abritait des manuscrits vieux de mille ans, est incendiée par les djihadistes.
Après six années d'opérations américaines, à environ treize millions de dollars par jour selon le Congressional Research Service, l'organisation perd son territoire en 2019 — mais poursuit aujourd'hui une insurrection active en Irak et en Syrie, alors même que les États-Unis s'apprêtent à retirer leurs dernières troupes d'Irak.
Une menace éclatée, plus difficile à cerner
Le Département d'État américain recense aujourd'hui cinq fois plus de groupes extrémistes désignés qu'en 2001 ; Al-Qaïda a essaimé en une vingtaine de ramifications sur trois continents, et l'État islamique en compte presque autant.
Les experts décrivent un écosystème devenu méconnaissable : franchises régionales, plateformes numériques, radicalisation accélérée via les réseaux sociaux, et une frontière de plus en plus floue entre terrorisme, criminalité organisée et violence politique.
Sous l'administration Trump, la définition du terrorisme s'est élargie aux cartels mexicains et aux gangs transnationaux, jusqu'à justifier, début 2026, la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro pour narco-terrorisme.
Dans le même temps, la Russie de Vladimir Poutine est devenue, selon d'anciens responsables américains, l'un des principaux commanditaires étatiques d'actes terroristes en Europe depuis son invasion de l'Ukraine.
Pour plusieurs des chercheurs cités par The New Yorker, le constat le plus troublant est celui de la continuité : les causes profondes qui avaient nourri le ressentiment anti-occidental d'Al-Qaïda restent largement intactes, et la violence tend aujourd'hui à se recentrer sur des théâtres locaux — un schéma qui rappelle, non sans ironie, la manière dont la menace était perçue, et sous-estimée, la veille même des attentats de 2001.
Source : https://lemag.articlophile.net/blog/i/98010348/11-...
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