Les dépêches de ce lot composent une fresque serrée du Maroc 2026 : intempéries et inondations, marché de l’or bousculé par les tensions internationales, artisanat en phase de modernisation et État social qui se revendique comme pilier de la justice sociale. Derrière les faits, on voit monter un récit d’État-stratège, qui met en avant solidarité, digitalisation et gouvernance sociale exemplaire. Pour un journaliste en ligne, c’est un terrain fertile pour interroger la cohérence entre narration officielle et réalités de terrain, du Gharb à Khénifra, des artisans à la fintech islamique. Ce numéro te propose des angles longs formats sur or, artisanat, justice sociale et transition numérique.
Article de la semaine
Quand l’or s’emballe et bouscule l’économie marocaine
Les éditoriaux de ce 11 février soulignent une double tension : d’un côté, la mobilisation de la société civile et de l’État face aux inondations dans le nord du Maroc, de l’autre, les déséquilibres du marché de l’or sous l’effet des tensions internationales et de la spéculation. Al Alam insiste sur la force de la solidarité nationale, ancrée dans le principe constitutionnel de solidarité et nourrie par un héritage culturel et spirituel, tout en appelant à une activation plus effective du Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques.
L’Opinion, lui, prend l’or comme thermomètre socio-économique : avec une once dépassant les 5 000 dollars, la valeur refuge traditionnelle devient un casse-tête pour les bijoutiers et artisans locaux, qui voient leurs marges se réduire sur fond de demande en berne. Ce basculement fragilise un maillon important de l’économie informelle et des classes moyennes commerçantes, et renvoie à une question clé : comment un pays gère-t-il l’impact micro-social de chocs financiers globaux.
Pourquoi ça marque
- L’or n’est plus seulement un refuge, mais un facteur de vulnérabilité pour des acteurs déjà fragiles (artisans, petits commerçants), qu’on peut documenter en portraits et en data locales.
- La cohabitation, dans la même revue, du récit de solidarité face aux intempéries et des tensions sur l’or offre un angle fort : « Crises naturelles + chocs financiers : le Maroc à l’épreuve des risques systémiques ».
- En format long read, tu peux croiser trajectoires d’artisans, analyse macro (cours internationaux, spéculation), dispositifs publics (fonds de solidarité, protection sociale) et arbitrages des ménages face à l’inflation patrimoniale.
Lectures recommandées
Morocco Handmade, ou la plateforme comme politique publique — L’Opinion
Le Forum international de l’artisanat à Rabat consacre une nouvelle phase d’accélération pour un secteur qui pèse 22 % de la main-d’œuvre, 7 % du PIB et 10 % des recettes touristiques en devises. La création de la plateforme « Morocco Handmade » vise à rapprocher artisans et consommateurs, renforcer performance et visibilité commerciale, dans un cadre de quatre accords stratégiques de structuration. Insight clé : une occasion de tester si les plateformes publiques peuvent réellement rééquilibrer la chaîne de valeur en faveur des producteurs.
Artisanat : la promesse sociale de Lahcen Saâdi — Annahar al Maghribia
Le secrétaire d’État à l’Artisanat met en avant formation, export, valorisation et soutien à l’investissement, en rappelant les chiffres-clés du secteur. Combinée à Morocco Handmade, cette vision positionne l’artisanat comme pilier d’emploi et de justice territoriale. Angle possible : « Artisanat 2.0 : entre storytelling de patrimoine et réalités des revenus artisans ».
Protection sociale : la justice sociale comme marqueur de régime — Al Alam
Naïma Ben Yahia, au 10ᵉ Forum parlementaire international sur la justice sociale, présente la protection sociale comme levier fondamental de justice et de dignité, composante centrale d’un État social voulu par le Roi Mohammed VI. En parallèle, Aziz Akhannouch décrit la généralisation de la protection sociale comme pierre angulaire d’un Maroc plus équitable, inclusif et résilient. Insight : matière dense pour analyser comment le pouvoir met en récit l’État social comme réponse structurante à la « recrudescence des crises ».
Justice pénale : humaniser l’interrogatoire — Al Ittihad al Ichtiraki
Le ministère public adresse une circulaire aux procureurs pour humaniser l’interrogatoire, renforcer les droits de la défense et exiger un examen minutieux des procès-verbaux, en équilibrant droits des suspects, des victimes et de la société. Pour un papier de fond, c’est une ouverture rare sur la culture judiciaire et les marges de réforme. Insight : idéal pour interroger, via cas pratiques, si ces principes modifient concrètement le quotidien des gardes à vue.
Justice sociale territoriale, version Ould Errachid — Annahar al Maghribia
Le président de la Chambre des conseillers insiste sur l’existence d’une « feuille de route claire » pour consolider justice sociale et territoriale, via réformes structurelles et programmes sociaux ambitieux corrélant croissance et inclusion. Couplé aux dispositifs d’urgence à Khénifra, Sidi Kacem et dans le Gharb (plans de veille, distribution d’orge, protection du cheptel, surveillance des barrages), le tableau est celui d’un État qui se veut présent partout. Insight : un matériau riche pour confronter discours et cartographie fine des inégalités régionales.
Citation
« La protection sociale constitue un levier fondamental de la justice sociale et une garantie de la dignité humaine. » — Naïma Ben Yahia — Forum parlementaire international pour la justice sociale (MAP)
Réflexion
En mettant côte à côte artisanat, or, justice pénale et justice sociale, ces dépêches dessinent un Maroc où la légalité devient autant un capital que l’or ou le foncier : légalisation des procédures (permis, interrogatoires, protection sociale), encadrement numérique (wallet Idarati, contrôle des EEP), normalisation de l’urgence (plans inondations, management des barrages). Pour toi, l’enjeu éditorial est de montrer comment ces normes se traduisent dans les vies concrètes : l’artisan branché sur Morocco Handmade, le retraité français à Essaouira, l’éleveur du Gharb, le suspect en garde à vue ou le motard visé par la « guerre des routes ». C’est là que se joue la bascule entre récit officiel de gouvernance exemplaire et chroniques de micro-injustices ou de progrès réels.
Le saviez-vous ?Le taux moyen de remplissage des barrages au Maroc dépasse 67 %, avec plus de 40 barrages entre 80 % et 100 % de remplissage, dans un contexte de fortes précipitations sous surveillance technique stricte. Al Alam
Outil de la semaine
Digitalisation du contrôle des EEP — système d’information intégré du ministère des Finances (Le Matin) - La Direction des entreprises publiques et de la privatisation prépare un système d’information intégré pour renforcer le contrôle financier des 267 établissements et entreprises publics, améliorer la gouvernance et instaurer un pilotage par la performance. Pour un journaliste data, c’est une porte d’entrée vers des enquêtes sur transparence, reddition de comptes et efficacité de la dépense publique. Chaque sortie de ce système (rapports, tableaux de bord, fuites) pourra nourrir des formats explicatifs ou des investigations sur l’État actionnaire.
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Source : https://bulletin.articlophile.com/maroc/i/94277778...






Le Marrakech - Bulletin #51 - Marrakech, carrefour mondial contre le travail des enfants et laboratoire des industries culturelles