Au début de l'été, la Recording Academy a annoncé une nouvelle catégorie pour les Grammy Awards 2027 : « Best Asian Pop Music Performance ». En réponse, BTS, le plus grand boys band du monde, a fait savoir qu'il ne soumettrait pas sa musique. Dans une tribune publiée par TIME, Stephanie Choi, professeure d'ethnomusicologie à l'université du Colorado à Boulder et présidente de l'Association for Korean Music Research, explique pourquoi cette décision soulève des questions bien plus larges.
L'autrice rappelle d'abord l'histoire. Dans la Corée du Sud d'après-guerre, la pop américaine, diffusée par les spectacles des bases militaires de la 8e armée américaine et par la radio des forces armées, passait pour plus prestigieuse que la musique coréenne. Le basculement est venu avec la K-pop, née du système d'« idoles » mis en place en 1995 par Lee Soo Man, fondateur de SM Entertainment, qui s'inspirait du modèle de Motown et de l'industrie japonaise des idoles. Univers narratifs élaborés, coulisses partagées en ligne, fans très organisés : en 2023, 19 des 20 meilleures ventes mondiales d'albums classées par l'IFPI étaient le fait d'artistes sud-coréens.
Le cœur du problème tient au règlement. L'Académie affirme que c'est le style musical qui compte, et non l'origine des artistes, mais exige qu'une langue asiatique joue un rôle significatif dans la chanson. Un titre entièrement en anglais ne peut donc pas concourir, et un même enregistrement ne peut être présenté en deux versions linguistiques dans deux catégories. Pourquoi la langue définirait-elle l'« asianité » d'une musique, interroge Stephanie Choi, et pourquoi les artistes asiatiques devraient-ils la prouver ? Le directeur de l'Académie, Harvey Mason Jr., assure que concourir dans cette catégorie n'empêche pas de viser les grands prix généraux.
BTS, souligne l'autrice, peut se permettre de dire non : les Grammy ne sont plus la seule institution capable de consacrer un artiste à l'échelle mondiale. Mais elle s'inquiète pour les musiciens américains d'origine asiatique, pour qui les États-Unis ne sont pas un marché étranger, mais leur pays. Et rappelle qu'un label aussi large qu'« asiatique » risque de fondre des cultures très différentes, de la K-pop à la J-pop en passant par la C-pop, en une seule case.
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