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CitaMag #218


Le Samedi 24 Octobre modifié le Mardi 30 Novembre


              

Bonjour et bienvenue dans cette 218e édition de CitaMag ! Entre intelligence artificielle, création et dignité humaine, regard neuf sur la ménopause, étés studieux de Michel Foucault, séries de Monet, climat et classes sociales, voici la sélection du jour.





IA et création : l'auteur, une illusion ?

Le roman C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien, soupçonné d'avoir été écrit avec l'aide de l'IA générative, a déclenché une vive polémique dans le monde littéraire. Dans un essai publié par La Vie des idées, Jim Gabaret rappelle que la figure de l'auteur solitaire et original s'est construite lentement, de la Renaissance à la modernité, et que les avant-gardes l'ont souvent contestée. Il refuse pourtant d'en conclure qu'elle ne serait qu'une illusion : beaucoup de lecteurs veulent qu'en poésie ou en philosophie, chaque mot compte « parce que quelqu'un l'a pesé ». Plutôt qu'une chasse à l'IA, il plaide pour un pluralisme des usages et une transparence proportionnée au rôle réel de la machine dans l'œuvre.

Jim Gabaret, La Vie des idées




IA et dignité humaine : ce que disent les éthiques musulmane et chrétienne

Dans une tribune publiée par Middle East Eye, le chercheur Hesham Gaafar, spécialiste de la pensée islamique, part de la première encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, signée le 15 mai 2026 et largement consacrée à l'intelligence artificielle. Il souligne que les traditions chrétienne et musulmane se rejoignent sur un point : l'être humain ne peut être réduit à des données ou à sa productivité, et la responsabilité morale ne se délègue pas à une machine. L'éthique islamique dispose selon lui d'outils pour répondre à ces défis, comme la doctrine des maqasid, qui évalue une pratique selon qu'elle protège ou menace la religion, la vie, l'intellect, la famille, les biens, la dignité et la justice. Mais il invite à dépasser la seule question du licite et de l'illicite pour interroger la justice de l'économie de l'IA elle-même, des travailleurs invisibles qui étiquettent les données à la concentration du pouvoir entre quelques acteurs.

Hesham Gaafar, Middle East Eye




Humains et IA : une frontière moins nette qu'on le croit

Nous aimons penser la relation entre humains et machines comme une frontière tracée une fois pour toutes, observe Madalina Croitoru, professeure à l'Université de Montpellier, dans The Conversation. Or les modèles de langage, nourris d'immenses quantités de traces laissées par l'expérience humaine, ont appris à saisir les nuances des émotions, au point de reconnaître des états affectifs complexes dans les échanges écrits. Ils assimilent ces traces sans jamais vivre eux-mêmes l'expérience dont elles proviennent. C'est dans cet entre-deux, cet « espace liminal », que se jouerait désormais notre rapport à l'intelligence artificielle.

Madalina Croitoru, The Conversation




Ménopause : une transformation, pas un déclin

À l'occasion de la Journée mondiale de la ménopause, le 18 octobre, la philosophe Gloria Origgi, directrice de recherche à l'École normale supérieure, invite dans The Conversation à changer de regard sur cette étape de la vie. Elle s'appuie sur les travaux de la neuroscientifique Lisa Mosconi, autrice de La Ménopause commence dans le cerveau : le corps et le cerveau se transforment sans se dégrader, et la plupart des symptômes finissent par disparaître. Selon Mosconi, le cerveau se réorganise au profit d'autres aptitudes, comme le leadership et l'empathie. D'où la proposition de vivre la ménopause « non comme un deuil, mais comme un changement à construire ».

Gloria Origgi, The Conversation




Michel Foucault, les étés studieux de Vendeuvre-du-Poitou

Pendant près de trente ans, Michel Foucault a passé ses étés dans la maison familiale de Vendeuvre-du-Poitou, dans la Vienne, surnommée « le Piroir ». En cette année du centenaire de sa naissance, l'historien Frédéric Chauvaud, professeur à l'Université de Poitiers et auteur de Michel Foucault. Le jardin du philosophe, raconte dans The Conversation comment le philosophe y a lu, écrit et retravaillé ses textes majeurs. Il y revient sur la thèse de Surveiller et punir : la société serait passée du temps des supplices de l'Ancien Régime à celui des prisons, généralisées vers le milieu du XIXe siècle. Pour Foucault, si la prison échoue à réinsérer, ce n'est pas un raté du système : elle sert à tenir à l'écart les plus pauvres, les marginaux et quelques criminels endurcis.

Frédéric Chauvaud, The Conversation




Monet, peintre du temps

Comment la peinture peut-elle saisir le temps ? Dans The Conversation, la philosophe Bernadette Bensaude-Vincent, de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, explore cette question à travers les célèbres séries de Claude Monet. La couleur, matière qui joue avec la lumière, y tient selon elle le premier rôle, et les toiles, que le peintre gardait à l'atelier et travaillait en simultané, finissent par dialoguer entre elles. C'est le cas des Nymphéas, réunis dans les deux grandes salles ovales du musée de l'Orangerie, à Paris, où le visiteur s'immerge dans leur « conversation silencieuse ».

Bernadette Bensaude-Vincent, The Conversation




Climat : la fin de la transition énergétique ?

Dans La Vie des idées, Hugues Draelants recense La mutation climatique (Presses de Sciences Po, 2026), de Stefan C. Aykut et Amy Dahan. Les deux auteurs retracent l'histoire de la gouvernance climatique depuis les années 1990, née dans un monde d'après-guerre froide qui croyait encore au multilatéralisme et au consensus. Les promesses technologiques y passent au crible d'un véritable bestiaire : le captage et le stockage du carbone deviennent une « licorne », omniprésente dans les scénarios mais rare dans la réalité, le charbon propre une chimère et la géo-ingénierie une hydre. Une manière de mettre en doute l'espoir d'une transformation sans rupture, fondée sur des technologies dont le déploiement à grande échelle reste incertain.

Hugues Draelants, La Vie des idées




Transclasses : peut-on abolir les classes sociales ?

La philosophe Chantal Jaquet avait forgé en 2014 le concept de transclasse pour désigner celles et ceux qui passent d'un milieu social à un autre. Dans Révolutions transclasses. Une nouvelle théorie de l'émancipation (Puf, 2026), recensé par Yoann Malinge dans La Vie des idées, elle se demande si ce phénomène peut servir une émancipation collective. Elle refuse d'en faire une identité : il n'existe pas de « classe de transclasses », puisque ceux qui changent de position se répartissent sur tout l'échiquier politique. Les transclasses révèlent plutôt, comme dans un miroir grossissant, la manière dont les classes se fabriquent par l'incorporation de normes.

Yoann Malinge, La Vie des idées




Pour clore, l'art du silence

Dans Lend Me Your Ears, consacré à l'art de la prise de parole en public, Max Atkinson recommande de ponctuer son discours de silences bien plus fréquents et plus longs que dans une conversation ordinaire. Ces pauses, explique-t-il, aident l'auditoire en découpant le flot des idées en unités courtes et faciles à assimiler. Un conseil simple pour quiconque doit s'exprimer devant une assemblée : le silence fait partie du message.

Max Atkinson, Lend Me Your Ears







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