Le groupe de piratage se présentant sous le nom de « Jabaroot » a publié, le 24 août sur la plateforme Telegram, quatre tableaux qu'il affirme contenir les données d'environ 70 000 personnes liées aux services de sécurité et de renseignement marocains, dans le cadre d'une opération baptisée « OP_CEUTA ». Plusieurs médias espagnols ont rapidement repris ces allégations comme une révélation avérée, avant de les relier aux événements de Sebta et d'évoquer une planification officielle de l'État marocain.
Le quotidien espagnol La Razón a évoqué la révélation de l'identité de « 70 000 agents marocains », tandis que La Sexta reprenait le même chiffre et qu'El Debate présentait la fuite comme des informations fiables concernant des milliers d'agents du renseignement et de la police. El Mundo a de son côté consacré un large espace aux affirmations du groupe avant de relier directement ces données aux événements de Sebta, tandis qu'El Confidencial qualifiait le dossier de « trésor en or ».
Or la question centrale ne portait pas sur l'existence d'une fuite de fichiers, mais sur la nature réelle des personnes citées et sur l'origine et la date des données. Le Monde a ainsi traité le sujet avec davantage de prudence, affirmant qu'il est impossible d'établir l'authenticité des listes publiées et que la nature des informations qu'elles contiennent suggère qu'elles proviennent probablement d'un logiciel ou service de gestion des salaires. Le journal a relevé que la date d'embauche la plus récente apparaissant dans les données remonte à 2020, ce qui signifie que, même si une partie s'avérait exacte, il s'agirait d'une base de données ancienne et non d'un état actuel. Le Monde a également révélé que le nom d'Abdelhak El Khiam, ancien directeur du Bureau central des investigations judiciaires décédé en 2022, figure dans les listes publiées, aux côtés d'une confusion manifeste entre des agents relevant de la Direction générale de la sûreté nationale et d'autres relevant de la Direction générale de la surveillance du territoire. Akram Kharief, spécialiste des questions sécuritaires en Afrique du Nord, a pour sa part affirmé que rien ne permet actuellement d'affirmer que les 70 000 personnes citées sont des « espions marocains », estimant probable la présence de policiers et d'employés administratifs ne menant aucune activité clandestine parmi ces fichiers.
Dans un communiqué publié le 27 août 2026, le pôle de la Direction générale de la sûreté nationale et de la Direction générale de la surveillance du territoire a catégoriquement démenti tout piratage ou intrusion touchant ses systèmes informatiques ou ses bases de données sécuritaires, précisant que ces systèmes ne sont pas connectés aux réseaux ouverts sur internet et respectent les normes les plus strictes en matière de sécurité informatique. Le communiqué a expliqué que les données personnelles diffusées sont des données anciennes issues de bases de données et de systèmes gérés par des compagnies d'assurance et des organismes de couverture santé et sociale, et non le résultat d'un piratage de systèmes sécuritaires. Le pôle a également mis en garde contre la diffusion répétée de photographies truquées et de documents falsifiés présentés à tort comme des pièces sécuritaires, relevant qu'ils comportent des tenues réglementaires et des grades militaires inexistants au Maroc, ainsi que des erreurs linguistiques et des identités visuelles erronées trahissant leur caractère frauduleux. Le communiqué a confirmé la poursuite des enquêtes sous la supervision du parquet compétent afin d'interpeller les responsables de la fabrication et de la diffusion de ces contenus.
Dans une tribune, la journaliste Iman Alaoui a mis en cause les standards professionnels adoptés par le quotidien espagnol El Mundo dans son traitement du dossier, relevant que l'image des données diffusée comportait des indices qui auraient dû inciter tout journaliste à la prudence, notamment une date de naissance au format « 0/0/0 » qui ne correspond à aucune date réelle. Elle s'est interrogée sur la réalisation ou non d'une vérification indépendante des noms, des fonctions et des dates avant de transformer les allégations d'un groupe de piratage en récit politique et sécuritaire tout prêt, soulignant que la présence du nom d'une personne dans un fichier divulgué ne prouve ni sa fonction actuelle, ni sa participation à une quelconque opération, ni, a fortiori, l'implication de l'État dont elle relève.
Ce dossier s'inscrit dans une série d'opérations numériques ayant visé le Maroc au cours des derniers mois, par le recyclage de données ou de contenus anciens ou composites destinés à construire des récits de désinformation prêts à l'emploi. Dans l'attente d'éventuelles précisions techniques supplémentaires, la distinction reste essentielle entre trois éléments bien différents : l'existence d'un fichier de données en circulation, l'exactitude de certains de ses éléments, et la validité du récit politique que l'on a voulu bâtir dessus. Aucune réaction directe du groupe « Jabaroot » à ces failles n'a pu être obtenue à l'heure de la publication de cet article.
Source : https://pointinfo.articlophile.net/info/i/97835333...
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