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Discours royal au Parlement : le Roi appelle à une nouvelle génération de grandes stratégies, de l'économie numérique à l'intelligence artificielle


Le Vendredi 9 Octobre modifié le Mardi 30 Novembre


              


Rabat – 9 octobre 2026

Sa Majesté le Roi Mohammed VI, accompagné de SAR le Prince Héritier Moulay El Hassan, de SAR le Prince Moulay Rachid et de SA le Prince Moulay Ahmed, a adressé vendredi 9 octobre 2026 un discours au Parlement à l'occasion de l'ouverture de la première session de la première année législative de la 12e législature.

Dense et resserré, le discours, dont l'agence MAP a diffusé le texte intégral, place l'économie et la transformation technologique au cœur de la nouvelle étape, et cite explicitement l'intelligence artificielle parmi les grandes stratégies que le Royaume est appelé à lancer.

La cérémonie d'ouverture peut être revue :


Une mandature dans une « conjoncture exceptionnelle »

Après avoir félicité les membres de la Chambre des Représentants pour la confiance des électeurs, le Souverain a posé le cadre :

« Cette mandature intervient dans une conjoncture exceptionnelle, riche en opportunités qui pourraient ne pas se renouveler et qu'il convient de saisir pour poursuivre la dynamique de réalisations dans les différents domaines. »

Et d'exprimer ce qu'il attend du nouveau cycle :

« S'agissant du nouveau mandat législatif et gouvernemental, Nous attendons qu'il constitue un véritable tournant pour un Maroc soucieux de poursuivre son ambition de puissance économique émergente et fiable et tout aussi attaché à trouver un équilibre harmonieux entre les logiques de croissance économique et les impératifs d'une justice sociale et spatiale renforcée. »

La formule « puissance économique émergente et fiable » résume l'enjeu du discours : l'ambition économique est indissociable d'une exigence d'équilibre social et territorial.

L'intelligence artificielle au rang des grandes stratégies

Sur le plan économique, le passage central est l'appel à un saut qualitatif dans la planification stratégique du Royaume. Le Roi a d'abord rappelé le contexte international :

« Dans un contexte international marqué par l'accélération des mutations géoéconomiques, Notre pays s'est engagé, avec une vision claire, dans une nouvelle dynamique de réformes et de grands chantiers. »

Avant d'annoncer l'orientation nouvelle :

« Aujourd'hui, outre l'activation des projets d'infrastructures à l'ordre du jour, une nouvelle génération de grandes stratégies doit être lancée, notamment dans les secteurs de la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, de l'émergence industrielle, de l'économie numérique et de l'intelligence artificielle. »

Le message est clair. L'intelligence artificielle est citée aux côtés de la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, c'est-à-dire des secteurs qui relèvent de la souveraineté nationale. Elle n'est plus présentée comme un sujet technique ou sectoriel. En associant économie numérique et émergence industrielle, le discours inscrit aussi la transformation technologique dans la modernisation du tissu productif, à l'image des choix déjà engagés par des acteurs comme l'OCP, qui stocke désormais l'électricité solaire à Benguerir.

Souveraineté économique et réserves stratégiques

Dans la même logique de sécurité économique, le Souverain a réitéré un appel déjà formulé :

« Par ailleurs, Nous appelons de nouveau à une plus grande célérité dans le développement des capacités du Royaume en matière de constitution des réserves stratégiques et de sécurisation de l'approvisionnement en produits de première nécessité. »

Le « de nouveau » signale que ce chantier doit encore être accéléré, dans un monde où les chaînes d'approvisionnement sont devenues vulnérables.

Le secteur privé appelé à devenir un acteur stratégique

Le discours adresse un message direct au secteur privé national :

« A cet égard, Nous exhortons le secteur privé à renforcer son rôle en tant qu'acteur stratégique de la transformation qui s'opère dans notre pays à la faveur de son développement. Nous l'engageons aussi à se montrer plus entreprenant, plus créatif et plus apte à créer des opportunités d'emploi et à développer ses capacités d'investissement et d'exportation. »

Quatre attentes précises s'en dégagent : esprit d'entreprise et créativité, création d'emplois, investissement et exportation. Ce sont les indicateurs mêmes qui mesurent la performance d'une économie qui se veut « émergente ».

Jeunesse : l'insertion économique en priorité

Le Roi a lié transformation économique et jeunesse, appelant à placer les questions qui la concernent « en tête des politiques publiques et des préoccupations des instances de gouvernance », à travers « une vision intégrée garantissant l'égalité des chances et couvrant l'éducation, la qualification et l'insertion économique ».

Objectif affiché : que les jeunes soient « plus assurés de leur capacité à monter dans l'échelle sociale » et aient « davantage foi dans les institutions de leur pays et dans les opportunités qui leur sont offertes pour bâtir un avenir meilleur dans un cadre garant de liberté, de dignité et de stabilité ».

Investissement productif et déconcentration : le ton se durcit

C'est sur la déconcentration administrative que le discours se fait le plus ferme. Le Roi établit un lien direct entre efficacité économique et réforme territoriale :

« En effet, la promotion du développement intégré, l'amélioration de la qualité des services publics et l'encouragement de l'investissement productif sont étroitement liés au processus de régionalisation avancée et à la mise en œuvre de la déconcentration administrative. »

Constatant que les retards et dysfonctionnements « affectent les programmes de développement socio-économique et empêchent de répondre aux préoccupations réelles des citoyens », il tranche :

« Aussi, Nous soulignons avec force qu'aucun retard ni atermoiement n'est plus tolérable dans la mise en œuvre pleine et entière de la Charte de la Déconcentration, avec ce que cela implique en termes de transfert des compétences et de réaffectation des ressources humaines et financières nécessaires du Centre vers les provinces et les régions. »

Le Souverain appelle également à lever les obstacles au fonctionnement des institutions régionales, en clarifiant leurs compétences et en renforçant leurs moyens, et à instaurer des « mécanismes de coordination et de contractualisation » entre l'État et les régions. « L'enjeu réel de la prochaine étape est l'action territoriale », a-t-il résumé.

Les autres thèmes du discours

La fierté nationale. Le Roi a rappelé une phrase prononcée à la même tribune en 2014 : « le sentiment qui M'est le plus cher dans la vie, c'est celui d'être fier de Ma marocanité ». Cette fierté, a-t-il précisé, « n'est pas une forme de vanité » mais « le catalyseur qui transforme l'appartenance en responsabilité, l'assurance en devoir national ».

Migration et relations avec l'Espagne. Tout en saluant les résultats de l'approche marocaine, le discours estime que « le modèle actuel de coopération a atteint ses limites ». Concernant l'Espagne, il pointe « certaines dispositions légales dépassées » et « des décisions judiciaires éloignées de la réalité » qui entravent le rapatriement des mineurs et des personnes usurpant le statut de réfugié. Face aux « déclarations irresponsables », le Roi affirme que le partenariat est « un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l'objet d'aucune pression ou menace, ni d'aucun chantage ». Le Maroc présentera à ses partenaires un document exposant une vision stratégique « visant à promouvoir le co-développement, la compétitivité économique et la stabilité régionale ». Un rappel qui fait écho à la mise au point de Nasser Bourita sur la crise migratoire de Ceuta.

La responsabilité des élus. Le Roi a conclu en rappelant que le mandat parlementaire est « un engagement politique et un contrat moral » qui lie les élus aux citoyens, une responsabilité dont ils répondent « devant Dieu, les citoyens et l'histoire ».

Le discours fixe trois priorités liées entre elles pour la nouvelle législature : une économie qui conjugue souveraineté (eau, énergie, alimentation, réserves stratégiques) et transformation technologique (numérique et intelligence artificielle) ; un secteur privé sommé de devenir un acteur stratégique ; et une administration territoriale qui ne peut plus tarder à transférer compétences et moyens aux régions. Reste à traduire cette nouvelle génération de stratégies en politiques et en projets concrets au cours de la mandature.

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Source : https://lemag.articlophile.net/blog/i/98321445/dis...