Dans un entretien accordé à Le360, l'ancien agent de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Matthieu Ghadiri, qui affirme avoir infiltré pendant plusieurs décennies les services de renseignement iraniens, détaille les mécanismes mis en place, selon lui, par la Force Qods pour organiser un rapprochement entre le Hezbollah libanais et le Front Polisario.
Né à Téhéran et arrivé en France à l'adolescence, Matthieu Ghadiri raconte avoir été recruté par la DST en 1985, un an après la création officielle du ministère iranien du Renseignement par l'ayatollah Khomeini. Sa connaissance de la langue et de la culture iraniennes en aurait fait un atout pour infiltrer les réseaux de Téhéran actifs en Europe.
D'après son témoignage, les premiers contacts entre le Front Polisario et l'entourage de Khomeini remonteraient aux mois précédant la révolution iranienne de 1979, lors d'une rencontre en France entre une délégation du mouvement et le futur guide de la révolution islamique. Selon Ghadiri, Khomeini, hostile aux monarchies alliées de l'Occident et en particulier à la monarchie marocaine, aurait alors cherché à nouer des liens avec des mouvements se réclamant de la lutte anti-impérialiste, quelle que soit leur orientation idéologique.
Ce rapprochement politique se serait ensuite mué, selon l'ancien agent, en un dispositif clandestin piloté par la Force Qods, la branche des Gardiens de la révolution chargée des opérations extérieures. Il décrit le Hezbollah libanais comme le « petit frère » de la République islamique plutôt qu'un simple relais parmi d'autres, chargé d'assurer la formation, l'équipement et le financement partiel de combattants sahraouis.
Selon Matthieu Ghadiri, cette coopération resterait toutefois strictement encadrée par les services algériens, qui conserveraient le contrôle politique, sécuritaire et territorial du Front Polisario. Toute initiative iranienne impliquant le mouvement devrait ainsi obtenir l'aval préalable des renseignements algériens, l'Algérie acceptant en retour que des combattants sahraouis soient mobilisés par le Hezbollah sur d'autres théâtres, notamment en Syrie ou au Liban.
Sur le plan de la formation, l'ex-agent évoque une « signature » qu'il attribue au Hezbollah, retrouvée selon lui également au Sahara : construction de tunnels souterrains, dissimulation et stockage d'armements, implantation de bases clandestines sous les dunes. Il mentionne aussi un volet religieux et idéologique, à travers l'université Al-Mustafa de Qom, qui formerait des prédicateurs venus de plusieurs pays africains, parmi lesquels, affirme-t-il, des éléments liés au Polisario.
Interrogé sur l'initiative américaine visant à classer le Front Polisario comme organisation terroriste, Matthieu Ghadiri dit y être favorable, affirmant son attachement à un « Maroc fort », qu'il présente comme un facteur de stabilité pour l'ensemble de la région.
Ce premier volet de l'entretien, publié le 7 août 2026 par Le360 et signé Karim Serraj, doit être suivi d'un second épisode consacré, selon la rédaction, à un accord secret entre les renseignements algériens et iraniens. Ces déclarations reposent sur le seul témoignage de leur auteur et n'ont pas fait l'objet d'une vérification indépendante à ce stade.
Source : https://sahra.articlophile.net/sahara/i/97640264/i...
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