Adolescente, Marian Anderson entend le ténor Roland Hayes chanter des lieder de Schubert lors d'un récital dans son église. Elle ne comprend pas un mot d'allemand, mais elle est saisie. Une quinzaine d'années plus tard, c'est en grande partie pour étudier ce répertoire auprès de maîtres qu'elle part en Europe. Dans un extrait publié par Literary Hub, Anthony Tommasini, critique musical en chef du New York Times de 2000 à 2021, revient sur cette passion dans sa nouvelle biographie, Voice of a Century: The Life and Artistry of Marian Anderson (Penguin Press).
La chanteuse, pourtant reconnue comme une interprète exceptionnelle de Schubert, s'est rarement expliquée sur ce qui la touchait. Elle le présentait simplement comme le compositeur qu'elle aimait le plus. Tommasini, qui a lui-même découvert seul la musique classique dans une famille qui n'y prêtait guère attention, y voit l'attrait d'une musique qui agit sur un plan presque inconscient : sous la surface enjouée de bien des chants de Schubert, l'inquiétude et la tristesse affleurent. Un reflet, selon lui, de la vie tourmentée d'un compositeur mort à 31 ans.
Cette ambiguïté, Marian Anderson la connaissait depuis l'enfance, à travers les negro spirituals, tissés de doubles sens et de métaphores. Tommasini souligne qu'elle n'a jamais placé Schubert ou Brahms au-dessus de ces chants, qu'elle décrivait comme l'expression des souffrances de tout un peuple. Dans son enregistrement de 1951 de « Sometimes I Feel Like a Motherless Child », elle appuie sur le premier mot, suggérant qu'il est des moments où l'on ne se sent pas orphelin. Le biographe rappelle qu'elle a connu ce sentiment d'exclusion, notamment lorsque les Daughters of the American Revolution lui ont refusé leur scène à Washington.
L'auteur s'attarde enfin sur deux chants du cycle La Belle Meunière, sur des poèmes de Wilhelm Müller, qu'elle a inscrits à son répertoire : « Wohin? », enregistré en 1945 avec le pianiste Franz Rupp, et « Ungeduld ». Le texte, à la fois souvenir personnel et analyse musicale, rappelle que, comme les musiques sacrées d'autres traditions, le chant peut dire ce que les mots taisent.
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