Bonjour et bienvenue dans cette 224e édition de CitaMag ! Aujourd'hui, un fil spirituel et philosophique : une église de Marrakech et sa fresque singulière, des moines installés au cœur du Moyen Atlas, un grand poète soufi, l'ambition encyclopédique d'Avicenne et une réflexion sur ce que l'on transmet. Bonne lecture !
Marrakech : un Christ au visage marocain à l'église des Saints-Martyrs
Construite vers 1928 et ouverte en 1929 dans le quartier du Guéliz, l'église des Saints-Martyrs de Marrakech porte le nom des cinq frères franciscains suppliciés dans la ville le 16 janvier 1220, dont une partie des reliques fut rapportée de Coimbra, au Portugal, en 1957. Le blog de mémoire Mangin@Marrakech s'attarde sur la grande fresque du Christ pantocrator qui orne l'édifice, œuvre du bénédictin André Bouton et de son frère Jacques. Ce type de représentation, le Christ en gloire assis sur un trône et bénissant, est bien plus rare dans les églises que le crucifix. Selon une tradition locale, son visage aurait été peint à la ressemblance de « celui du chaouch marocain de la paroisse ». Une hypothèse plausible, note l'auteur, puisque les deux artistes ont aussi prêté des traits marocains à leurs figures sacrées ailleurs dans le pays, de la Vierge au visage de jeune Amazighe sur la route nationale 7 aux mineurs de l'Imini.
TIMKIT, Mangin@Marrakech
Les moines de Midelt, entre Méditerranée et Moyen Atlas
Dans un dossier publié par le quotidien marocain Al Akhbar, le journaliste Hassan Bassri retrace la présence de religieux chrétiens au Maroc, souvent perçus comme des acteurs de l'action humanitaire plutôt que comme des colons. Il donne la parole au père Martin, qui a longtemps vécu au monastère de Midelt, au pied du Moyen Atlas. Celui-ci se souvient des ouvriers venus du Tafilalet, des briquetiers de Meknès et des menuisiers d'Azrou qui transformèrent le lieu en monastère, d'origines et de visages très divers. Un de ses compagnons, originaire d'un village du sud de la France, y retrouvait les mêmes proverbes et contes que chez lui, au point d'avoir le sentiment de ne jamais avoir « quitté le monde méditerranéen ». L'article rappelle toutefois que nombre de ces travailleurs avaient été réquisitionnés de force par l'administration du Protectorat.
Hassan Bassri, Al Akhbar
Yunus Emre, le poète de l'amour divin
Dans le magazine Dhoha, Khaldoun Hassanieh présente Yunus Emre comme l'un des poètes soufis les plus célèbres, « mais aussi l'un des plus mystérieux ». Sa vie reste mal connue, mais les sources jugées les plus fiables situent sa naissance vers 1240-1241 et sa mort vers 1320-1321, soit une existence d'environ quatre-vingts ans. Il serait issu d'une famille venue du Khorassan et installée en Anatolie, dans un village fondé par un ancêtre, le cheikh Hajji Ismaïl, qui lui a donné son nom. Traduite dans de nombreuses langues, son œuvre a valu au poète une reconnaissance internationale : l'Unesco avait fait de 1991 l'« année Yunus Emre ».
Khaldoun Hassanieh, Dhoha
Avicenne et le Livre de la Guérison : réécrire Aristote
À l'approche du millénaire du Kitāb al-Shifāʾ, célébré en 2027, le cycle Falsafa de l'Institut du monde arabe consacre sa saison 2026-2027 à cette œuvre monumentale d'Avicenne (Ibn Sīnā, 980-1037). Une rencontre avec Olga L. Lizzini, professeure à Aix-Marseille Université et spécialiste du philosophe, en explore l'architecture : logique, physique, mathématiques et métaphysique. L'échange souligne un choix décisif : contrairement à Averroès, qui commentera Aristote, Avicenne refuse le commentaire suivi et entend plutôt « réécrire Aristote », pour reproposer l'aristotélisme à sa façon. Le titre même de l'ouvrage dit son ambition : guérir l'âme de l'ignorance.
Institut du monde arabe, Falsafa
Pourquoi la transmission est-elle en crise ?
Transmission des savoirs, de la foi ou des valeurs : dans l'émission « Philosophia » de RCF, Raphaël de la Croix part du constat d'une crise générale et interroge l'Antiquité et le Moyen Âge, du maître au disciple, du parent à l'enfant, de l'artisan à l'apprenti. Tout le paradoxe tient selon lui dans un double mouvement : il faut « garder intact un trésor que l'on a soi-même déjà reçu », tout en s'affranchissant du maître pour voler de ses propres ailes. Puiser chez Platon, illustre-t-on au fil de l'échange, ce n'est pas répéter ses thèses ni tomber dans le « platonisme ». L'émission pointe aussi une explication idéologique : le regard qui juge le passé ringard ou poussiéreux et ne voit l'avenir que du côté de la jeunesse.
Raphaël de la Croix, RCF
Pour clore, le droit de s'épanouir au travail
Dans Find Your Why, guide pratique pour aider individus et équipes à trouver leur raison d'être, Simon Sinek, David Mead et Peter Docker posent un principe simple : « l'épanouissement est un droit, pas un privilège ». Chacun, écrivent-ils, devrait pouvoir se lever inspiré, se sentir en sécurité au travail et rentrer le soir avec le sentiment d'avoir contribué à quelque chose de plus grand que soi. Ce n'est pas une loterie réservée à quelques chanceux. Et pour ceux qui dirigent, créer un tel environnement relève tout simplement de leur responsabilité.
Simon Sinek, David Mead et Peter Docker, Find Your Why
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