Une étude publiée en 2026 propose de dépasser les seuls indicateurs de fréquentation touristique pour apprécier la reconstruction des territoires sinistrés du Haut Atlas marocain. Consacré aux villages d'Imlil, Aremd, Talat n'Yaaqoub, Amizmiz et Imi n'Tala, le travail des chercheuses Oumayma Hilal et Imane Chahdi avance un indice de résilience territoriale du tourisme, destiné à distinguer la reprise de l'activité touristique de la capacité effective d'un territoire à se relever.
Le séisme de magnitude 6,8 survenu le 8 septembre 2023 dans la province d'Al Haouz avait causé près de 2 960 morts et 5 674 blessés, tout en affectant plusieurs dizaines de milliers de logements. Il avait également frappé une zone où le trekking, l'hébergement rural, le guidage et les activités artisanales représentent une part importante des revenus de nombreux ménages. Les auteures rappellent toutefois que le retour des visiteurs ou la réouverture de quelques établissements ne suffisent pas à conclure à une reconstruction territoriale aboutie.
Le dispositif proposé, baptisé Territorial Tourism Resilience Index, ou TTRI, repose sur six dimensions : les caractéristiques physiques du territoire, le système touristique, les capacités communautaires, la gouvernance, la performance économique et la résilience environnementale. Chacune doit être évaluée à partir d'indicateurs concrets, tels que le temps de trajet vers Marrakech, l'état des infrastructures, le nombre d'hébergements et de guides enregistrés, la présence de coopératives, le taux de réouverture des entreprises, l'avancement des reconstructions ou encore la sécurité des ressources en eau.
Les dimensions territoriale physique, touristique et économique se voient attribuer chacune un poids de 20% dans l'indice. Les capacités communautaires et la gouvernance comptent chacune pour 15%, tandis que la composante environnementale représente 10%. Les chercheuses justifient cette pondération par l'importance observée de l'accessibilité routière et de la coordination institutionnelle dans le rythme de reprise des localités touchées.
L'analyse comparative distingue plusieurs trajectoires. Imlil apparaît comme le cas le mieux armé par son économie touristique antérieure, ses maisons plus récentes liées à l'investissement touristique et sa forte visibilité auprès des opérateurs internationaux. La reprise des circuits de randonnée y aurait été plus rapide, certains organisateurs ayant repris leurs activités dès décembre 2023. Aremd, situé en amont d'Imlil, bénéficie partiellement de cette dynamique, mais son bâti traditionnel plus vulnérable et sa dépendance à la demande provenant d'Imlil limitent sa capacité propre de rebond.
À l'inverse, Talat n'Yaaqoub et Imi n'Tala disposent d'une base touristique réduite et restent davantage dépendants de l'aide publique, des programmes de reconstruction et de l'intervention d'organisations non gouvernementales. Amizmiz occupe une position intermédiaire : cette ville-relais pour les itinéraires de montagne conserve une activité artisanale et hôtelière, mais son redressement demeure contraint par des fragilités économiques antérieures au séisme et par l'ampleur des dommages subis dans le centre urbain.
Les auteures soulignent que leur indice ne constitue pas encore un outil pleinement validé. Aucune note chiffrée définitive n'a été attribuée aux cinq localités, faute d'enquêtes de terrain sur les revenus, l'emploi, les entreprises, les associations locales et la coordination institutionnelle. Elles préconisent donc une phase d'entretiens, de groupes de discussion, de cartographie et de consultation d'experts avant toute comparaison numérique.
L'étude recommande néanmoins d'orienter en priorité les investissements vers les communes les moins accessibles, de mieux articuler l'action de l'État, des communes et des ONG, et de développer des offres touristiques diversifiées au-delà de la randonnée. Elle invite surtout les institutions chargées de la reconstruction et de la promotion touristique à suivre simultanément logement, infrastructures, cohésion communautaire, gouvernance et activité économique, afin de ne pas confondre retour des visiteurs et rétablissement des territoires.
Source : https://lemarrakech.articlophile.net/lebulletin/i/...
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