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Lalla Tibibt : l'oiseau qui a conquis le cœur de Marrakech


Le Samedi 5 Septembre modifié le Mardi 30 Novembre


              

Le Bruant du Sahara (Emberiza sahari) est aujourd'hui reconnu comme une espèce à part entière, distincte du Bruant striolé (Emberiza striolata) dont il fut longtemps considéré comme une simple sous-espèce. Ce statut repose sur des travaux phylogénétiques qui ont montré que les deux lignées évoluent séparément depuis longtemps, avec des différences génétiques, morphologiques et vocales suffisantes pour justifier leur séparation.



Ce petit passereau sédentaire peuple les milieux secs et les habitations humaines du nord-ouest africain — Maroc, Algérie, Tunisie, Mauritanie — et jusque dans la zone sahélo-saharienne selon les auteurs. Selon eBird, il est particulièrement lié aux zones habitées : villages, jardins, plantations, abords de bâtiments, où il se montre souvent peu farouche. Son chant se compose de phrases courtes et bourdonnantes, tandis que son cri rappelle celui d'un moineau.


À Marrakech, l'oiseau porte un nom empreint d'affection : « Lalla Tibibt ». Selon une tradition orale locale, ce surnom lui aurait été donné en référence à son chant et à son extrême familiarité : l'oiseau venait volontiers se nourrir près des habitants qui le protégeaient. Un riad marrakchi confirme la persistance de ce rapprochement sonore, expliquant que le nom darija de l'oiseau, transcrit « Tebibte », évoquerait précisément son chant.


Cette tradition orale mérite d'être présentée avec prudence : elle traduit une perception urbaine et affective ancienne, non une preuve scientifique que l'aire naturelle de l'espèce se limitait à Marrakech. L'expansion de l'oiseau vers le nord du Maroc est du reste bien documentée, avec une progression signalée depuis les années 1960 jusqu'à Tanger et Tétouan, des travaux récents évoquant d'autres extensions à travers le pays.


Le Bruant du Sahara illustre ainsi une forme réussie de cohabitation entre faune et ville dans les régions arides : il exploite les ressources offertes par l'habitat humain — graines, miettes, jardins, façades, cours et végétation urbaine — et sa tolérance exceptionnelle à la proximité humaine en fait un habitué des médinas et des espaces fréquentés. « Lalla Tibibt » demeure, pour beaucoup de Marrakchis, l'un des visages ailés de la ville ocre : un symbole discret de son hospitalité et de la proximité ancienne entre les habitants et leur environnement vivant.




Source : https://lemarrakech.articlophile.net/lebulletin/i/...