Pendant des décennies, l'innovation s'est mesurée à la vitesse : qui lance le premier, qui bouscule un secteur avant les autres. Dans une tribune publiée par le magazine Entrepreneur, Michal Beressi Golomb, PDG de Celleste, une entreprise qui développe des ingrédients de cacao par culture cellulaire, estime que ce critère ne raconte plus toute l'histoire.
Son constat part d'un environnement bouleversé. L'intelligence artificielle transforme les modèles économiques en quelques mois, l'instabilité climatique oblige à repenser l'accès aux ressources, la cybersécurité est devenue un sujet de conseil d'administration et les tensions géopolitiques fragilisent les chaînes d'approvisionnement. Ces risques, rappelle-t-elle en citant le Forum économique mondial, se renforcent désormais les uns les autres. Dans ce contexte, aller vite ne suffit plus : il faut aussi se demander si une innovation rend plus solide l'ensemble d'un secteur, ou seulement sa propre entreprise.
Deuxième idée : les innovations qui durent sont souvent celles qui répondent à un problème que l'industrie connaît déjà. Plutôt que de demander à tout un secteur de se réorganiser autour d'une technologie spectaculaire, elles consolident des systèmes existants, ce qui raccourcit le chemin vers leur marché. Cela suppose de comprendre les infrastructures, l'économie et les relations du secteur visé autant que sa propre solution.
Enfin, la résilience tient moins à ce que l'on construit qu'à la capacité d'une équipe à s'adapter quand un fournisseur change, qu'une réglementation évolue ou qu'un marché réagit autrement que prévu. Il faut assez de structure pour rester concentré, et assez de souplesse pour remettre en cause ses hypothèses. Une conviction qui rejoint les réflexions sur la manière de corriger durablement un système après un échec.
La vitesse et l'audace restent nécessaires, conclut l'autrice, mais la vraie question est de savoir si ce que l'on bâtit continuera de créer de la valeur dans un monde qui change. Un témoignage de dirigeante plutôt qu'une étude, à lire comme une invitation à revoir ses priorités.
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