En 2022, interrogé par une revue étudiante australienne sur son opinion la plus controversée, le philosophe Kim Sterelny avait répondu sans détour : l'essentiel de la philosophie a priori, celle qui prétend raisonner sans passer par l'expérience, ne serait qu'une perte de temps. Quatre ans plus tard, le philosophe Walter Veit revient sur cette sortie dans Psychology Today et lui donne entièrement raison.
Sterelny visait notamment les débats métaphysiques sur la notion de « fondation » (grounding), qu'il jugeait parfaitement stériles. Le cœur de son argument est ailleurs : il récuse la division du travail selon laquelle la philosophie examinerait les structures conceptuelles par la seule réflexion, tandis que les sciences étudieraient le monde. Pour lui, aucune frontière nette ne sépare les questions purement conceptuelles des questions purement empiriques.
Il prend l'exemple de la biologie. Se demander ce qu'est un gène ou quelle définition de l'espèce est la plus utile n'a de sens qu'au regard du monde vivant que l'on cherche à expliquer. Il en irait de même pour la connaissance, l'esprit ou la conscience, qui comportent tous une dimension empirique.
Walter Veit, maître de conférences à l'université de Reading et ancien doctorant de Sterelny, qui fut l'un de ses directeurs de thèse, inscrit cette position dans la lignée du philosophe Quine. Il va même plus loin : une philosophie coupée des données produirait selon lui une « pseudo-philosophie » qui nuit à la réputation de la discipline. Reprenant l'image d'Otto Neurath, il compare la connaissance à un navire que l'on répare en pleine mer, et plaide pour une fusion de la science et de la philosophie, comme au temps de la « philosophie naturelle ».
Le texte reste un billet d'opinion, signé par un proche de Sterelny, et la thèse est loin de faire l'unanimité : nombre de philosophes défendent la valeur propre de la logique, de la métaphysique ou de l'éthique. Mais il pose une question salutaire sur ce que la philosophie doit au réel.
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