Dans un témoignage publié sur Psychology Today, le chercheur Patrick William Kelly raconte comment une crise maniaque sévère l'a conduit non pas dans un service psychiatrique, mais dans une cellule d'isolement de quatre pieds sur quatre. Quelques jours plus tôt, un clinicien avait refusé de signer l'ordre d'hospitalisation d'urgence qui aurait pu lui garantir un lit. La question posée par le système n'était pas de savoir s'il souffrait, mais s'il était jugé dangereux.
Une assistante sociale de la prison avait pourtant identifié les symptômes dès son arrivée, évoquant un probable trouble bipolaire et un possible état de stress post-traumatique. Mais ce diagnostic informel n'a rien changé à la suite des événements : faute de nourriture reçue à temps, sa détresse s'est manifestée par des protestations jugées trop bruyantes, et c'est précisément ce symptôme qui lui a valu d'être placé à l'isolement.
Aucun médicament ne lui a été administré. Seul un mince courant d'air venu d'une bouche d'aération, la première nuit, lui a offert un bref répit sensoriel au milieu de la panique. L'auteur insiste : ce souffle mécanique n'avait rien d'un soin, mais il a suffi à le maintenir ancré dans le monde pendant quelques minutes, là où l'isolement complet menaçait de l'y arracher tout à fait.
Ce récit personnel illustre un constat documenté par des psychiatres dans le New England Journal of Medicine : la psychiatrie contemporaine se caractérise trop souvent par « l'abandon et l'incarcération des personnes atteintes de maladies mentales chroniques et sévères ». Les prisons américaines seraient ainsi devenues, de fait, les plus grandes institutions psychiatriques du pays, faute de lits d'hôpital disponibles pour les patients en crise qui ne remplissent pas les critères stricts de dangerosité immédiate.
Rétabli aujourd'hui, l'auteur conclut que la distance entre « contenir » une personne et « prendre soin » d'elle mesure exactement l'ampleur de ce que son système de santé mentale n'a pas su lui offrir. Un plaidoyer pour repenser l'accès aux soins psychiatriques d'urgence, plutôt que de laisser le hasard d'une bouche d'aération faire office de dernier recours.
Source : https://fr.articlophile.com/blog/i/97626679/isolem...
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