Près de six mois après le début du conflit au Moyen-Orient, les États-Unis n'ont pas réussi à porter un coup décisif à l'Iran, qui continue de verrouiller le détroit d'Ormuz tandis que ses alliés houthis du Yémen perturbent la navigation en mer Rouge — deux routes maritimes stratégiques. Cette guerre a bouleversé l'architecture sécuritaire de la région, longtemps fondée sur la suprématie militaire américaine et les garanties de sécurité offertes par Washington à ses alliés.
Malgré leurs nombreuses bases dans toute la région, les forces américaines peinent à intercepter l'ensemble des drones et missiles balistiques tirés par l'Iran et ses mandataires, notamment contre les pétromonarchies du Golfe. Pour Ali Shihabi, analyste politique proche du gouvernement saoudien, la nouvelle alliance atteste que la capacité de dissuasion américaine s'est significativement affaiblie et que la menace iranienne devra désormais être davantage gérée par les puissances régionales elles-mêmes.
Le riche royaume saoudien s'est placé au centre de cette nouvelle alliance, conclue vendredi à La Mecque, ville la plus sainte de l'islam. Ryad entretient de longue date une coopération militaire avec le Pakistan, avec lequel il avait déjà signé un accord de défense mutuelle en septembre 2025, et s'est rapproché de la Turquie au fil de la guerre, après des années de relations tendues.
« Ces trois pays sont exceptionnellement complémentaires », observe Andreas Krieg, enseignant en sécurité au King's College de Londres. Si Ryad, premier exportateur de brut au monde, dispose d'importantes ressources financières, sa profondeur militaro-industrielle reste limitée. Le cas de figure est inversé pour la Turquie et le Pakistan, dotés d'une puissante armée : selon M. Krieg, la Turquie, membre de l'Otan, dispose de la technologie et des capacités de production mais a besoin de marchés et d'investissements, tandis que le Pakistan dispose de main-d'œuvre et de la dissuasion nucléaire, mais a besoin de financements et d'opportunités industrielles. Combinés, ces atouts offrent en théorie une force de frappe considérable aux trois alliés.
Pour cet analyste, Ryad a intérêt à rechercher plusieurs couches de sécurité plutôt qu'un unique parapluie américain. Ce pacte comble un vide, notamment parce que Washington ne freinera pas Israël, poursuit-il.
Les analystes jugent toutefois le trio peu susceptible d'attaquer l'Iran, même en cas de nouvelles frappes contre l'Arabie saoudite. Selon Asli Aydintasbas, chercheuse à la Brookings Institution, la Turquie et le Pakistan se voient avant tout comme des « stabilisateurs » cherchant à créer une dynamique politique. Pour Hesham Alghannam, expert en sécurité saoudien, Islamabad pourrait renforcer son rôle dans la défense aérienne saoudienne et Ankara accélérer les transferts industriels si Téhéran ciblait de nouveau Ryad. « Cet accord change la donne pour quiconque envisagerait de poursuivre des frappes contre les infrastructures saoudiennes : la réponse ne serait plus du seul ressort de l'Arabie saoudite », résume-t-il.
Sur fond de divisions entre pays du Golfe et de fortes tensions turco-israéliennes liées à la guerre à Gaza, les Émirats arabes unis et Israël — qui se sont rapprochés pendant le conflit — devraient tous deux se montrer méfiants envers cette nouvelle alliance, estiment les analystes. Brouillés avant la guerre, Ryad et Abou Dhabi se sont récemment réconciliés, mais divergent sur leurs relations avec Israël : les Émirats les ont normalisées, avec Bahreïn et le Maroc, dans le cadre des accords d'Abraham promus par Donald Trump, tandis que Ryad conditionne une telle évolution à la reconnaissance par Israël d'un État palestinien.
« Washington aurait souhaité une architecture sécuritaire incluant Israël et reste désireux de voir l'Arabie saoudite normaliser ses liens. Cette alliance ne va absolument pas dans ce sens », juge H.A. Hellyer, du Royal United Services Institute. Pour lui, le nouveau pacte traduit une volonté de contrer à la fois le projet d'hégémonie iranienne et celui de la suprématie israélienne.
Source : https://lemag.articlophile.net/blog/i/97626045/que...
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