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Les libraires ambulants de Lunigiana, pionniers oubliés de l'édition


Le Lundi 10 Août modifié le Mardi 30 Novembre


              

Dans un essai publié par Literary Hub, l'écrivain italien Antonio Romani retrace une tradition méconnue : celle des colporteurs de Lunigiana, région montagneuse d'Italie du Nord, qui partaient chaque printemps vendre almanachs, images pieuses et livres à travers la plaine du Pô, alors même que beaucoup d'entre eux ne savaient pas lire.



Chargeant d'abord leur marchandise dans des paniers en osier avant de passer aux charrettes, ces vendeurs itinérants faisaient office, avant l'heure, de représentants d'édition et de critiques littéraires : ils feuilletaient des ouvrages qu'ils ne savaient parfois pas déchiffrer et racontaient des histoires glanées en chemin pour éveiller l'imagination de paysans qui semblaient en manquer. Pendant la Révolution française et le Risorgimento italien, certains cachaient même sous leurs livres des tracts de sociétés secrètes hostiles à l'Ancien Régime.


Parmi eux, Emanuele Maucci, fils de colporteurs pauvres du village de Parana, choisit un jour de tenter sa chance en Amérique du Sud. Après des débuts difficiles à Buenos Aires puis à Mexico, il fonde en 1892 une maison d'édition à Barcelone. C'est là, en manipulant des milliers de livres, qu'il a une idée décisive : produire des ouvrages assez petits et légers pour tenir dans une poche, moins chers et moins intimidants pour le lecteur — l'ancêtre du livre de poche moderne.


De retour au pays, d'anciens colporteurs devenus libraires établis créèrent à Pontremoli, ville d'où ils partaient chaque année, un prix littéraire inédit : le Bancarella, dont les jurys sont exclusivement composés de libraires et dont les lauréats sont choisis parmi les meilleures ventes. Un pied de nez à l'élitisme du monde éditorial, resté fidèle à l'esprit pragmatique de ces marchands venus des montagnes.




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