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Marrakech : le quartier où l'on grandit change-t-il notre façon d'écrire ?


Le Vendredi 11 Septembre modifié le Mardi 30 Novembre


              

Marrakech a connu, comme la plupart des grandes villes marocaines, une urbanisation rapide ces dernières décennies. Mais cette expansion ne s'est pas faite de façon homogène. Certains quartiers ont été conçus et équipés selon un plan cohérent, tandis que d'autres se sont développés sans réelle structuration. C'est ce contraste qu'ont choisi d'étudier Rajae Lahsaini et Mohammed Benaziz, chercheurs au laboratoire LALITRA de l'Université Hassan II de Casablanca, dans un article consacré à l'impact des disparités urbaines sur la compétence écrite des apprenants marocains.


D'un côté, des quartiers comme Guéliz, Izdihar ou Les Portes de Marrakech 2 concentrent écoles privées, centres de langues et espaces culturels facilement accessibles. De l'autre, des quartiers comme Sidi Youssef Ben Ali, Daoudiate ou Belbekkar comptent surtout des établissements publics, avec un accès plus limité au matériel éducatif et aux centres culturels. Une différence qui, en apparence, relève de la simple géographie urbaine, mais qui pèse en réalité lourdement sur les conditions d'apprentissage des élèves qui y grandissent.




Pour objectiver ce constat, les chercheurs ont cartographié la localisation des écoles publiques et privées dans ces différents quartiers, en croisant les données officielles du ministère de l'Éducation nationale avec des recherches menées sur Google Maps. Le résultat est net : les quartiers dits « planifiés » offrent un environnement plus favorable à l'écrit, notamment grâce à la proximité des centres de langues et au matériel pédagogique des écoles privées. À l'inverse, les quartiers non planifiés cumulent les contraintes d'espace et de ressources, ce qui tend à freiner la progression des élèves dans ce domaine.


Cette lecture s'appuie notamment sur les travaux du sociologue Pierre Bourdieu autour de la reproduction des inégalités sociales à l'école, et rejoint plusieurs études menées ces dernières années sur des quartiers marrakchis comme Sidi Youssef Ben Ali ou El Koudia. Toutes convergent vers la même conclusion : l'organisation d'une ville ne se limite pas à une question d'aménagement du territoire. Elle façonne aussi, de manière indirecte mais bien réelle, les chances de réussite scolaire des enfants qui y grandissent.


Pour les deux chercheurs, ce constat plaide pour une meilleure prise en compte de la dimension territoriale dans les politiques éducatives marocaines, afin de réduire les écarts d'apprentissage entre élèves d'une même ville, mais de quartiers différents. Leur étude a été publiée dans la revue scientifique Akofena (n°19, vol. 2, mars 2026).




Source : https://lemarrakech.articlophile.net/lebulletin/i/...