À l'heure où l'automatisation ravive les fantasmes d'une société sans travail, Clara Collier rappelle, dans Asterisk Magazine, que ce scénario n'a rien d'inédit : plusieurs groupes sociaux en ont déjà fait l'expérience, avec des résultats qui interrogent.
L'autrice s'appuie sur les mémoires de la noblesse française du XVIIIe siècle : libérée de toute nécessité économique, la cour de Saint-Simon organisait sa vie autour des intrigues, des querelles de préséance et des ragots, la dignité de chacun reposant sur son rang familial plutôt que sur ses réalisations personnelles.
Elle cite aussi une étude sur les femmes de la haute société américaine dans les années 1980, socialement contraintes de s'investir dans des conseils d'administration caritatifs sans impact tangible, uniquement pour préserver leur statut parmi des « personnes fréquentables ». « Quand notre dignité personnelle dépend de l'appartenance à un groupe, tout ce que fait ce groupe rejaillit sur nous », résume Collier.
À l'inverse, rappelle-t-elle, environ 85 % des travailleurs se déclarent aujourd'hui satisfaits de leur emploi, y trouvant une forme d'égalité morale : la possibilité de gagner le respect par la compétence plutôt que par la naissance. Sans cette fonction émancipatrice du travail, avertit l'autrice, l'individualisme libéral pourrait bien céder la place à des structures sociales plus claniques et moins libres.
Source : https://fr.articlophile.com/blog/i/98000636/monde-...
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