Bonjour et bienvenue dans cette 216e édition de CitaMag ! Entre images de lycéens dans les médias, jeunes naufragés de Ceuta, journalisme afghan en exil, regard porté sur les femmes musulmanes, intelligence artificielle et art de la relation, voici la sélection du jour.
Manifestations lycéennes : flouter ou montrer les visages ?
Depuis le 17 septembre 2026, un mouvement lycéen parti d'Île-de-France pose aux rédactions françaises une question délicate : faut-il flouter le visage de manifestants souvent mineurs ? Dans La Revue des médias, Sidonie Sigrist montre la diversité des choix. Libération ne floute pas mais privilégie les images collectives, tandis qu'Ouest-France s'en tient au droit à l'image, qui autorise à identifier des mineurs lors d'un mouvement social, hors délit. À Marseille, Marsactu floute certains jeunes, son président de rédaction, Julien Vinzent, préférant « ne pas faciliter leur identification au prix de belles images ». La FCPE Paris a, de son côté, demandé aux médias de préserver l'anonymat des lycéens, en évoquant des convocations en conseil de discipline.
Sidonie Sigrist, La Revue des médias (INA)
Ceuta : des milliers de jeunes naufragés à la rue
Plus de soixante-dix mille personnes, en majorité des jeunes, voire des enfants, ont tenté cet été de rejoindre à la nage l'enclave espagnole de Ceuta, rappelle l'émission Cultures monde de France Culture. Ceux qui y sont parvenus sans être refoulés sont encore des milliers à vivre dans les rues de la ville. Grand reporter au Nouvel Observateur, Marie Vaton, de retour de Ceuta, est venue raconter leur quotidien au micro de Mélanie Chalandon et Julie Gacon, dans une émission diffusée ce vendredi 16 octobre. Un drame humain qui se joue aux portes du Maroc et interroge les politiques migratoires des deux rives.
Mélanie Chalandon et Julie Gacon, France Culture
Zahra Joya, la voix des Afghanes réduites au silence
Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, la journaliste afghane Zahra Joya a dû fuir son pays. Exilée à Londres, cette femme de 34 ans a fondé Rukhshana Media, un média indépendant entièrement consacré aux femmes afghanes, rapporte un reportage de France Culture diffusé le 16 octobre. Sa rédaction s'appuie sur des journalistes qui continuent d'enquêter clandestinement en Afghanistan. Une manière de maintenir vivante, depuis l'exil, la parole de celles que le régime a écartées de l'espace public.
Caroline Bennetot, France Culture
Femmes musulmanes : en finir avec le fantasme du sauvetage
Une tribune publiée par Middle East Eye interroge l'image familière de la femme musulmane, en particulier celle qui porte le hijab, présentée comme la victime passive de la religion, de la tradition et du patriarcat. Elle relève un paradoxe : la minijupe ou le tatouage passent pour des choix personnels, mais le foulard serait forcément imposé. Ce discours de « libération », rappelle le texte, prolonge une rhétorique coloniale qui justifiait la domination au nom de la civilisation, et il enferme ces femmes dans une case où leurs propres choix ne comptent plus. Pour l'auteur, leur liberté se mesure d'abord à leur reconnaissance comme sujets complexes, capables de croire et de douter, et de décider pour elles-mêmes.
Middle East Eye (tribune)
IA : ce que la machine apprend au-delà de ce qu'on vérifie
Sur le blog du Cosmos Institute, Aashish Reddy discute une idée répandue dans les laboratoires d'IA : un modèle ne progresserait vraiment que dans les domaines où ses réponses peuvent être vérifiées automatiquement, comme les mathématiques ou la programmation. Il soutient au contraire que les capacités acquises sur ces tâches, proposer des pistes, repérer ses erreurs et se corriger, peuvent se transférer à des activités sans réponse type, comme l'écriture. S'appuyant sur le philosophe Karl Popper, il décrit la connaissance comme un cycle de conjectures et de réfutations, et cite des travaux récents qui inventent des exercices artificiels, à la manière des astronomes de Greenwich au XIXe siècle, pour entraîner ce sens critique. L'auteur reconnaît toutefois que ce transfert reste, à ce stade, très inégal.
Aashish Reddy, Cosmos Institute
Pour clore, miser sur la relation
Dans Likeonomics, Rohit Bhargava rappelle qu'il est difficile de se différencier, et plus difficile encore de le rester, dans un monde où presque tout produit ou toute idée peut être copié rapidement. Sa conclusion : « la seule avance concurrentielle qui dure est celle que l'on bâtit sur les relations ». Une leçon qui vaut pour les entreprises comme pour chacun d'entre nous.
Rohit Bhargava, Likeonomics
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