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L'Empereur de Kapuściński : la cour de Haïlé Sélassié racontée depuis l'intérieur


Le Mardi 28 Juillet modifié le Mardi 30 Novembre


              


Selon une critique publiée par la chroniqueuse Eleanor Konik, « L'Empereur » de Ryszard Kapuściński demeure l'un des portraits les plus saisissants jamais écrits sur le pouvoir absolu. Le grand reporter polonais y reconstitue, à travers les monologues d'anciens ministres, valets et dignitaires interrogés à Addis-Abeba, les dernières décennies du règne de Haïlé Sélassié, dernier souverain d'un empire éthiopien millénaire renversé par un coup d'État militaire en 1974.


Le livre est saturé d'anecdotes qui donnent le vertige : un petit chien japonais nommé Lulu, autorisé à dormir dans le lit impérial et à uriner sur les chaussures des dignitaires pendant les cérémonies sans que ceux-ci osent broncher ; des listes de préséance pour accompagner l'empereur en voyage, disputées avec une férocité digne d'une cour de récréation. Kapuściński en tire un constat glaçant : le souverain préférait s'entourer de ministres médiocres, plus faciles à éclipser, quitte à priver son pays de compétences dont il avait pourtant un besoin criant.


Pour Eleanor Konik, la véritable force du livre dépasse le simple récit historique : la mécanique de flagornerie qu'il décrit se retrouve, sous une forme atténuée, dans toute organisation humaine où le statut et les ressources se distribuent de façon inégale — jusque dans les cours de lycée. Elle y voit aussi une clé pour comprendre la stagnation de certains pays en développement : lorsqu'une élite éduquée grandit plus vite que les places disponibles pour elle dans l'appareil d'État, la frustration accumulée finit par alimenter la contestation, puis la chute du régime.


Le livre revient aussi sur les famines qui ont marqué le règne de Sélassié, notamment celle de 1973, largement occultée par le faste de la cour et documentée par un reportage étranger montrant les convois de champagne et de caviar croiser des populations affamées sur les routes. Un épisode qui, selon les témoins cités par Kapuściński, a précipité la perte de confiance de l'armée envers l'empereur et ouvert la voie au coup d'État. « L'Empereur » se lit ainsi comme une méditation sur la vanité du pouvoir autant que comme un document historique sur l'Éthiopie du XXe siècle.




Source : https://fr.articlophile.com/blog/i/97498659/empere...