Dans une longue enquête publiée par The Atlantic, la journaliste Helen Lewis dresse le portrait d'une industrie américaine de la gestation pour autrui en pleine expansion, alors que la plupart des pays européens l'interdisent ou l'encadrent strictement.
Selon l'article, 11 821 embryons ont été transférés à des mères porteuses dans des cliniques américaines affiliées à la Society for Assisted Reproductive Technology en 2024, contre 8 461 trois ans plus tôt, tandis que les Nations unies évaluent la valeur de ce marché à près de 15 milliards de dollars dans le monde. Depuis la légalisation du mariage homosexuel, les couples d'hommes constituent le principal moteur de cette croissance, aux côtés de parents seuls ou en couple, hétérosexuels ou non, disposant des moyens financiers nécessaires.
L'article souligne l'absence de loi fédérale encadrant la pratique aux États-Unis, où les contrats de gestation pour autrui restent inapplicables dans plusieurs États. Un organisme professionnel, la Society for Ethics in Egg Donation and Surrogacy, propose bien un cadre d'autorégulation aux agences du secteur, mais sa seule sanction possible reste l'exclusion de ses membres, ce qui laisse une large place à l'absence de garde-fous juridiques contraignants.
Helen Lewis, qui vit au Royaume-Uni, rappelle qu'un large mouvement féministe britannique milite en faveur d'une interdiction complète de la pratique commerciale, par crainte du déséquilibre de pouvoir entre mères porteuses rémunérées et parents d'intention fortunés — la version dite « altruiste », où la mère porteuse n'est pas rémunérée, restant nettement moins controversée. Un rapport récent de l'ONU va plus loin en qualifiant la gestation pour autrui commerciale de vente d'enfants, évoquant même des pratiques pouvant s'apparenter à de l'esclavage dans certains cas documentés à l'étranger.
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CitaMag #204