Qui reçoit l’argent du capital-risque, et d’où vient-il ? C’est la question que pose Arian Simone, fondatrice et directrice générale du Fearless Fund, dans une tribune publiée le 1er octobre dans la rubrique Ideas de TIME. Le texte est adapté de son livre Fearless Freedom: A Manifesto for Unlocking Wealth and Equality for All. Il s’agit d’un plaidoyer assumé, que TIME publie comme une opinion n’engageant pas sa rédaction.
De la boutique étudiante aux statistiques
L’autrice raconte avoir ouvert, pendant ses études, une boutique de vêtements pour femmes et découvert qu’une bonne idée ne suffit pas : il faut des capitaux pour grandir, et ils sont difficiles à obtenir. Des années plus tard, en examinant qui obtient des financements aux États-Unis, elle dit avoir compris que son expérience relevait d’un phénomène bien plus large.
Les chiffres qu’elle avance sont frappants. Les femmes issues de minorités représentent près de 20 % de la population américaine, mais ne recevraient qu’environ 0,39 % des montants investis en capital-risque. Les femmes noires, environ 7 % de la population, créeraient plus d’entreprises que tout autre groupe, mais obtiendraient moins de 0,35 % de ces fonds. Quant aux femmes de toutes origines, majoritaires dans la population, elles capteraient moins de 2 % du capital-risque. Ces ordres de grandeur, régulièrement repris dans la presse économique, varient selon les bases de données, les années et les méthodes de calcul retenues.
L’épargne des uns, les investissements des autres
Le cœur de l’argumentation porte sur l’origine de l’argent. Selon Arian Simone, une grande partie des sommes investies par les fonds de capital-risque provient des caisses de retraite des agents publics. Or ces salariés sont très divers : elle rappelle que, dans la seule fonction publique fédérale, 44 % des agents sont des femmes, 18 % sont noirs et 10 % latinos. Sa conclusion : l’épargne d’une population variée est gérée par une industrie dominée par des hommes blancs, qui la réinvestit surtout dans des entreprises qui leur ressemblent, et rarement dans les communautés d’où provient cet argent.
Elle inscrit ce constat dans une histoire longue des inégalités économiques raciales aux États-Unis, de l’esclavage aux lois de ségrégation, et y voit l’une de leurs formes contemporaines. Elle ajoute un argument d’efficacité : des cercles d’investisseurs trop homogènes seraient plus exposés aux angles morts, aux biais cognitifs et à la pensée de groupe, et passeraient à côté de talents et d’entreprises prometteuses. D’où son appel à ce que les placements des fonds de retraite reflètent la diversité de ceux qui y cotisent.
Une autrice au cœur d’un contentieux emblématique
Le propos prend un relief particulier au regard du parcours du Fearless Fund. En août 2023, l’American Alliance for Equal Rights, l’organisation du militant conservateur Edward Blum, a attaqué en justice son programme de bourses Strivers, qui accordait 20 000 dollars à des entreprises majoritairement détenues par des femmes noires. En juin 2024, une cour d’appel fédérale a estimé, par deux voix contre une, que ce programme violait probablement une loi sur les droits civiques de 1866 interdisant la discrimination raciale dans les contrats. En septembre 2024, un accord a mis fin à la procédure : le fonds a fermé ce programme.
Les deux camps ont lu cette issue différemment. Le Fearless Fund et ses avocats ont souligné que l’accord évitait de créer un précédent judiciaire national. Edward Blum a jugé ces programmes réservés à un groupe racial à la fois facteurs de division et illégaux.
Les termes du débat
Le constat d’un financement très inégalement réparti fait largement consensus ; son interprétation et les remèdes possibles sont, eux, vivement discutés. Les partisans de dispositifs ciblés, comme Arian Simone, y voient un moyen de corriger un accès aux réseaux et aux capitaux historiquement déséquilibré. Leurs opposants estiment que des critères fondés sur l’origine constituent une discrimination, quelle qu’en soit l’intention, et privilégient des programmes ouverts à tous les entrepreneurs sous-financés. D’autres observateurs rappellent que les fonds de pension ne sont qu’une des sources du capital-risque, aux côtés des fondations, des fonds de dotation universitaires et des grandes fortunes familiales, et que leur part effective varie selon les fonds. La tribune d’Arian Simone, qui ne chiffre pas cette part, constitue donc une prise de position, à lire comme telle.
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Source : https://intelligences.articlophile.net/publication...
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CitaMag #219