Enthousiasme pour les uns, inquiétude pour les autres : face à l’intelligence artificielle, les réactions du public restent très contrastées. Une équipe de chercheurs a voulu comprendre ce qui, chez chaque individu, oriente ce jugement. Leur étude, parue dans le Journal of Technology in Behavioral Science, conclut que la culture d’origine, la personnalité et surtout le niveau de compétence avec ces outils pèsent fortement sur la manière dont on estime l’effet de l’IA sur son propre bien-être. Le site de vulgarisation scientifique PsyPost en a rendu compte en février 2026.
Un échantillon britannique, un échantillon du Golfe
Les travaux ont été conduits notamment par Magnus Liebherr, de l’université de Duisbourg-Essen, et Raian Ali, de l’université Hamad Bin Khalifa au Qatar, avec Areej Babiker, Sameha Alshakhsi, Dena Al-Thani, Ala Yankouskaya et Christian Montag. La plupart des recherches sur le sujet portant sur des populations occidentales, les auteurs ont comparé deux contextes culturels : une société réputée plus individualiste, le Royaume-Uni, et des sociétés arabes généralement décrites comme plus collectivistes, attachées à la cohésion du groupe.
L’enquête en ligne a réuni 562 personnes âgées de 18 à 60 ans : 281 au Royaume-Uni et 281 résidant dans un pays du Golfe. Les participants ont évalué leur propre compétence en matière d’IA sur une échelle de un à six, rempli un questionnaire sur les cinq grands traits de personnalité – ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité et névrosisme, ce dernier désignant une propension à l’anxiété et aux émotions négatives – et indiqué leur « locus de contrôle », c’est-à-dire le degré auquel ils pensent maîtriser le cours de leur vie. Un dernier questionnaire mesurait les émotions positives, l’engagement, le sentiment de sens et d’accomplissement qu’ils associent à l’IA.
Des participants du Golfe nettement plus positifs
Premier constat : les participants du Golfe estiment que l’IA contribue beaucoup plus favorablement à leur bien-être que les Britanniques. Ces derniers obtiennent au contraire des scores plus élevés lorsqu’il s’agit d’associer l’IA à des émotions négatives ou à un sentiment de solitude.
Deuxième enseignement, le plus inattendu selon les auteurs : dans les deux groupes, les personnes qui se jugent compétentes avec l’IA lui prêtent un effet bien plus positif sur leur vie. Les chercheurs s’attendaient à ce que la personnalité domine ; la compétence s’est révélée aussi prédictive qu’elle. Une bonne nouvelle à leurs yeux, puisque les traits de caractère sont relativement stables, alors que les compétences peuvent s’acquérir.
L’anxiété, constante d’une culture à l’autre
Le névrosisme agit dans le même sens au Royaume-Uni et dans le Golfe : les personnes plus enclines à l’inquiétude perçoivent l’IA comme moins bénéfique et plus préoccupante. Les autres traits jouent différemment selon le contexte. L’extraversion et la conscienciosité sont associées à un regard favorable dans l’échantillon du Golfe, l’agréabilité dans l’échantillon britannique. Les auteurs y voient l’effet probable d’autres variables culturelles qui modulent ce lien.
Un facteur, en revanche, se retrouve partout : le locus de contrôle interne. Ceux qui ont le sentiment de piloter leur propre trajectoire considèrent plus volontiers l’IA comme un apport positif. Au total, les variables étudiées expliquent 31 % des écarts d’opinion chez les Britanniques et 47 % dans le Golfe. L’âge et le sexe, eux, n’ont pas d’influence mesurable.
Des résultats à lire avec prudence
L’étude est corrélationnelle : elle ne prouve pas que la compétence rend plus optimiste, puisque l’on peut tout aussi bien imaginer que les personnes déjà favorables à l’IA s’y forment davantage. Elle mesure en outre des perceptions subjectives, et non une évolution objective de la santé mentale. Le questionnaire ne précisait pas non plus de quel type d’IA il s’agissait : un outil d’aide médicale, un logiciel de tri des candidatures ou l’algorithme d’un réseau social ne suscitent pas les mêmes réactions. Enfin, l’échantillon arabe se limite aux résidents des pays du Golfe ; ses conclusions ne peuvent être étendues sans précaution au Maghreb ou à l’ensemble du monde arabe.
Ces résultats rejoignent une idée qui traverse le débat actuel : la perception de l’IA dépend largement de l’usage qu’on en fait. Andrej Karpathy décrivait récemment une IA à plusieurs vitesses selon l’accès aux outils, où l’expérience d’un utilisateur occasionnel n’a presque rien de commun avec celle d’un professionnel aguerri.
Former plutôt que rassurer
Pour les auteurs, l’enseignement pratique est clair : améliorer les compétences réelles des utilisateurs, et pas seulement leur compréhension théorique, peut les aider à se sentir plus à l’aise avec ces technologies. Ils plaident aussi pour des systèmes transparents et explicables, capables de montrer comment ils parviennent à leurs décisions, afin de renforcer ce sentiment de contrôle qui favorise un rapport apaisé à l’IA. Ils appellent enfin à étudier les risques de dépendance aux agents conversationnels, au même titre que leurs bénéfices.
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Source : https://intelligences.articlophile.net/publication...
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