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Engrais moins chargés en cadmium : le pari technologique de l'OCP


Le Mercredi 2 Septembre modifié le Mardi 30 Novembre


              

Le cadmium est un métal lourd toxique, susceptible de provoquer des atteintes rénales et d'accroître le risque de cancers. Présent naturellement dans le phosphate, il s'accumule via les engrais dans les terres agricoles puis dans les aliments. Le sujet a pris de l'ampleur en Europe : en France, les députés ont adopté en juin une proposition de loi visant à limiter l'exposition de la population à ce métal.

Les dépôts sédimentés depuis des millions d'années au Maroc, aux États-Unis ou en Tunisie présentent une concentration en cadmium très élevée, contrairement à ceux d'Afrique du Sud ou de Russie, selon l'Agence sanitaire française (Anses). Or avec 50 milliards de tonnes de réserves, le Maroc concentre environ 70% des réserves mondiales connues de phosphates — un total qui inclut un gisement situé dans le Sahara occidental, territoire disputé et revendiqué par le Front Polisario. Le royaume est le deuxième producteur mondial derrière la Chine, et le numéro un africain.



Dans la mine de Sidi Chennane, près de Khouribga, la roche extraite est lavée puis exportée à l'état brut ou transformée en acide phosphorique — composant de base des engrais — dans un complexe situé près de Casablanca. Selon le fertilisant recherché, cet acide est ensuite combiné à de l'ammoniac ou à d'autres éléments.

Le groupe public OCP (ex-Office chérifien des phosphates), qui détient le monopole de l'exploitation des gisements marocains, dit proposer depuis 2025 des engrais contenant moins de 20 milligrammes de cadmium par kilo, soit trois fois moins que le seuil maximal (60 mg/kg) toléré par l'Union européenne — son troisième client étranger (17%), derrière l'Asie (41%) et les Amériques (31%). Selon un procédé décrit dans une enquête de l'AFP, l'entreprise utilise des additifs spécifiques lors du traitement de l'acide phosphorique afin de capter le cadmium, avant de réutiliser l'acide ainsi purifié pour fabriquer ses engrais.


Un responsable européen a confirmé à l'AFP qu'un important producteur marocain a fait savoir avoir investi dans des technologies pour garantir une teneur inférieure à 20 mg/kg dans les engrais envoyés vers l'Europe, tout en précisant que Bruxelles n'impose pas de suivi systématique du cadmium dans ses importations et n'est donc pas en mesure de vérifier ces affirmations de manière indépendante. Interrogé par l'AFP, Faris Derrij, PDG de OCP Nutricrops (filiale de l'OCP), a évoqué des investissements importants pour adapter la production du groupe face à des approches réglementaires qui varient d'un marché à l'autre, sans toutefois chiffrer ces investissements ni préciser la teneur en cadmium des exportations destinées aux marchés hors Europe.


Au-delà du cadmium, la filière fait face à d'autres enjeux environnementaux, notamment l'élimination des phosphogypses, résidu très polluant issu de la production d'engrais. L'OCP prévoit pour 2027 la construction d'un centre de stockage terrestre destiné à réduire les rejets massifs actuellement effectués en mer, et mène par ailleurs des recherches pour valoriser ce sous-produit. Selon Sylvain Pellerin, directeur de recherche à l'institut français INRAE, une utilisation excessive des engrais phosphatés peut avoir des effets négatifs sur l'environnement, comme la contamination des eaux ou l'émission de protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre — dans un contexte où l'utilisation mondiale des engrais est en hausse.

Le groupe doit aussi composer avec un contexte géopolitique tendu. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, l'offre mondiale d'engrais s'est réduite, faisant grimper les prix. La région fournit 30% des engrais de la planète, et le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran, constitue un point de passage stratégique pour le soufre et l'ammoniac, intrants indispensables à la fabrication d'engrais. Plusieurs usines du Golfe ont suspendu ou réduit leur production, notamment au Qatar, gros producteur d'ammoniac et d'urée, ainsi qu'aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Iran et en Jordanie. Sans chiffrer l'impact précis, Faris Derrij reconnaît que cette crise a eu des effets sur les délais, les coûts et les flux d'approvisionnement, tout en assurant que l'OCP a réussi à maintenir la continuité de ses opérations grâce à ses stocks et à sa position géographique.




Source : https://lemag.articlophile.net/blog/i/97808661/eng...