Articlophile
Votre veille sélective

Mali-Algérie : la visite d'Abdoulaye Maïga à Alger relance le dialogue sans effacer les tensions


Le Mercredi 2 Septembre modifié le Mardi 30 Novembre


              

Le 24 août, le Premier ministre malien, le général de division Abdoulaye Maïga, s'est rendu à Alger porteur d'un message du président de transition Assimi Goïta. Il y a été reçu par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, à la suite d'une invitation transmise début août par son homologue Sifi Ghrieb, comme le rapporte Afrik.com. Selon La Nouvelle Tribune, Assimi Goïta aurait par ailleurs accepté le principe d'une visite officielle à Alger, sans qu'une date n'ait encore été fixée, ce qui élèverait le rapprochement au niveau présidentiel.



Cette visite s'inscrit dans un dégel amorcé le 10 juillet 2026, date à laquelle les deux pays avaient annoncé simultanément le retour de leurs ambassadeurs respectifs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens, selon des informations relayées par DW et AllAfrica. La crise trouvait son origine dans la destruction d'un drone militaire malien par l'armée algérienne, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, dans la zone frontalière de Tin Zaouatine : Bamako y avait vu une atteinte à sa souveraineté, quand Alger invoquait une violation de son espace aérien.


Ce retour des ambassadeurs et des liaisons aériennes ne règle pas pour autant les dossiers de fond. Il rétablit surtout une infrastructure minimale de relation — représentation diplomatique, mobilité, échanges directs entre gouvernements — sans lever les points de blocage structurels. La surveillance de la frontière algéro-malienne, la question du Nord du Mali et le rôle passé d'Alger dans la médiation politique restent particulièrement sensibles depuis que Bamako a dénoncé l'accord d'Alger en janvier 2024, un geste qui avait fortement réduit le rôle de médiateur que l'Algérie exerçait depuis des années dans la région.


Le mouvement s'inscrit dans une démarche plus large de réengagement algérien auprès des trois pays de l'Alliance des États du Sahel — Mali, Niger et Burkina Faso. D'après une analyse d'Afrik.com, le rétablissement du dialogue avec Bamako intervient en parallèle de contacts renforcés avec Niamey et Ouagadougou, sur des dossiers politiques, sécuritaires, logistiques et énergétiques. Le projet de gazoduc transsaharien, censé relier le Nigeria à l'Algérie en traversant le Niger, donne à Alger un intérêt direct à la stabilité des corridors saharo-sahéliens.


Il serait cependant excessif de parler d'un retour automatique à l'hégémonie régionale qu'exerçait autrefois l'Algérie. Les autorités de l'AES défendent une ligne souverainiste et cherchent à diversifier leurs partenaires plutôt qu'à dépendre d'une médiation unique. La présence russe dans les domaines militaire, sécuritaire et politique a pris une importance déterminante à Bamako comme à Niamey. Enfin, le recul de la présence française n'ouvre pas mécaniquement la voie à Alger : il crée un espace plus concurrentiel, où interviennent aussi la Russie, la Turquie, les monarchies du Golfe, la Chine et, selon les dossiers, le Maroc.


En définitive, la visite d'Abdoulaye Maïga marque un signal politique fort, mais elle relève davantage d'un retour de capacité d'action algérienne que d'un rétablissement automatique d'une position dominante. Le véritable test se jouera dans la traduction de ce dégel en mécanismes durables : concertation frontalière, coopération sécuritaire concrète, circulation rétablie et dialogue sur le Nord-Mali, sans retour imposé à l'ancien cadre de l'accord d'Alger.




Source : https://lemag.articlophile.net/blog/i/97812680/mal...