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Pêche maritime : le Maroc relance un système numérique intégré de traçabilité et de surveillance des navires


Le Mercredi 2 Septembre modifié le Mardi 30 Novembre


              

Le Maroc ne se contente pas d'introduire un simple outil de suivi : le royaume relance un appel d'offres pour une plateforme intégrée de gouvernance de la pêche, composée de deux volets, qui doit relier déclarations de captures, certification, traçabilité et surveillance des navires. Selon Barlamane, le système est dimensionné pour traiter environ 700 000 déclarations de captures et 33 000 certificats par an, un chantier qui vise à numériser le contrôle tout au long de la chaîne, de l'activité du navire en mer jusqu'au débarquement, à l'inspection et aux documents d'exportation.



Deux applications interconnectées

Le dispositif s'articule autour de deux plateformes interopérables. La première constitue un dossier administratif unique pour les captures et les produits : données sur les navires et les équipages, licences, autorisations de pêche, quotas, plans de gestion, agréments sanitaires, inspections, déclarations de captures, débarquements et certificats de capture. La seconde numérise la déclaration en mer et permet une surveillance opérationnelle, via des journaux de pêche et déclarations électroniques (ERS) ainsi que des données de position, de route et de vitesse transmises par suivi satellite (VMS).

L'architecture envisagée doit permettre de relier un certificat à un navire précis, une sortie de pêche, une espèce et une quantité déclarées, puis aux opérations à terre. C'est là que se joue la crédibilité de la traçabilité : les autorités pourraient remonter d'une expédition ou d'un certificat jusqu'à l'événement de capture, plutôt que de traiter les documents d'exportation comme des pièces isolées.


La plateforme est conçue pour une flotte de plus de 2 600 navires côtiers, hauturiers et réfrigérants, ainsi que pour environ 17 000 barques artisanales — même si l'inclusion réelle des plus petites unités, les obligations d'équipement et les modalités de déclaration resteront des questions décisives lors de la mise en œuvre, comme le souligne North Africa Post.


VMS et ERS : de quoi parle-t-on ?

Le VMS (Vessel Monitoring System) transmet à intervalles réguliers, généralement par satellite, l'identité d'un navire, sa position géographique, son cap et sa vitesse. Le Maroc y recourt depuis 2011 dans le cadre de sa surveillance des pêches et de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). L'ERS (Electronic Reporting System), de son côté, remplace ou complète les journaux de bord papier en permettant d'enregistrer et de transmettre par voie électronique les informations sur les captures, les débarquements, les ventes et les transbordements.

Le terme « temps réel », souvent utilisé dans la communication autour de ce type de projet, mérite d'être manié avec prudence : le VMS fournit généralement un suivi de position quasi instantané ou périodique, tandis que l'ERS numérise les déclarations de captures et les opérations. Il ne s'agit pas nécessairement d'un flux vidéo continu ni d'une surveillance permanente, seconde par seconde, de chaque bateau.


Une dimension européenne déterminante

Le projet répond autant à une logique d'accès au marché et de conformité réglementaire qu'à un objectif de modernisation domestique. Le dispositif européen de contrôle des pêches évolue vers davantage de déclarations électroniques, de suivi des navires et de traçabilité numérique tout au long des chaînes d'approvisionnement en produits de la mer, comme le rappelle la Commission européenne.

Pour le Maroc, important exportateur de produits de la mer étroitement lié aux marchés européens, une traçabilité unifiée des données peut aider les autorités à vérifier que le poisson exporté provient de navires autorisés et d'opérations de pêche déclarées, à renforcer la lutte contre la pêche INN, à réduire les incohérences entre déclarations à bord, débarquements, premières ventes, contrôles sanitaires et certificats d'exportation, et à faciliter les échanges dématérialisés avec les systèmes portuaires et douaniers. Le Maroc indique déjà délivrer plus de 38 000 certificats de capture via une plateforme entièrement numérisée, ce qui suggère que ce nouvel appel d'offres relève autant d'une consolidation et d'une montée en puissance que d'une numérisation entièrement nouvelle.


Modernisation ou infrastructure de contrôle ?

La lecture la plus juste est que le Maroc construit une infrastructure numérique publique pour la gouvernance de la pêche. L'enjeu réside moins dans le chiffre de 700 000 déclarations que dans l'interopérabilité du système : sa capacité à faire coïncider de façon fiable l'identité d'un navire, son autorisation, sa position, sa déclaration de capture, le débarquement, la première vente et le certificat final.

Plusieurs points méritent d'être suivis de près à mesure que le projet avance. L'intégration des quelque 17 000 barques artisanales est opérationnellement bien plus complexe que l'équipement des navires industriels ou côtiers de plus grande taille : connectivité, coût des équipements, formation et capacité de contrôle détermineront si le système réduit ou reproduit les failles de déclaration. La qualité des données comptera autant que leur volume, la numérisation pouvant accélérer les déclarations sans nécessairement renforcer les contrôles contre les fausses déclarations ou les usurpations d'identité de navires. Enfin, la valeur du dispositif dépendra de son interconnexion avec les autorités portuaires, les services sanitaires et les douanes, notamment via le nouveau portail marocain des procédures du commerce extérieur, conçu pour centraliser les démarches impliquant l'ONSSA et l'administration douanière.

En somme, il s'agit d'une mise à niveau stratégique pour la gestion de la pêche, la lutte contre la pêche illicite et la crédibilité des exportations marocaines. Sa véritable épreuve sera de produire un enregistrement fiable et de bout en bout, pour la pêche industrielle comme pour la pêche artisanale, plutôt qu'une simple numérisation des formulaires existants.




Source : https://lemag.articlophile.net/blog/i/97883661/pec...